08 octobre 2009
Rentrée littéraire
Fin des vacances d'été. J'écoute vaguement un chroniqueur quand mon coeur a fait un bond. La rentrée littéraire s'annonce avec, en promesse, le grand retour des histoires. Normalement, je me lasse vite des visages qui vont envahir plateaux télé et ondes radio, s'invitant sans relâche dans les colonnes des magazines de Elle jusqu'aux feuilles locales et gratuites. Ainsi, j'essaie d'esquiver les sirènes marketing redondantes, happant un titre que je lirai plus tard. Le journaliste continue sur sa lancée. Je retranscris, sans son tact, les mots d'introduction de sa chronique, soit grosso modo "Le retour de l'histoire dans un roman français un tantinet nombriliste". J'attends la suite. Déception, mon métronome cardiaque retrouve son rythme habituel ; tout ce tintouin pour évoquer l'opus autobiographique de F. Beigbeder.
Ce matin, mon coeur s'est de nouveau emballé. Ma mère et moi avons croisé les doigts en buvant notre café. Le prix Nobel de littérature est décerné aujourd'hui. Qui sait si Mario Vargas Llosa ne serait pas récompensé? L'Amérique Latine a forgé mes goûts pour les mots. J'avais 15 ans quand j'ai plongé dans l'univers bariolé du truculent Jorge Amado. Un peu plus tard, "Cent ans de solitude" m'enleva bien loin de mon lycée impersonnel et de mes tourments adolescents. Un été de grisaille liménienne, je découvris Mario Vargas Llosa dans une salle dépouillée où m'avait traîné ma jeune cousine: Pantaleon y las visitadoras. J'ai ri. Beaucoup. Et j'ai apprécié la critique et l'absurde de l'oeuvre. Je pris l'avion en croyant avoir en poche tous les contes de Bryce Echenique. En fait, la poussière de Lima me poursuivait. Je la sens encore, collée à mes souvenirs. Cet été, j'ai lu "la mala nota", et j'ai été frappé par l'aisance et la force des "cuentos" péruviens. La fiesta del Chivo de Vargas Llosa est celui qui demeure un de mes temblores littéraires où l'Histoire, le souffle épique et la pensée font corps derrière la verve de l'auteur.
Fin de matinée, l'emballement a cessé, une autre a reçu le prix. Mais il me reste encore quelques titres achetés dans une poussiéreuse librairie près de Larco pour passer l'hiver. Et le prochain été.
Le texte suivant est extrait de Pobre gente de Paris http://es.geocities.com/cuentohispano/bryce_echenique/bryce_echenique.html
"Consistió éste en la promesa eterna de llevar el hábito color morado del Señor de los Milagros cada mes de octubre, porque en octubre se estaba embarcando suijito, y porque el Señor de los Milagros no le fallaba nunca a nadie y era el Cristo moreno y patrón de la ciudad de Lima, también llamada Ciudad Jardín, por entonces, algo que en la altamente tugurizada Lima que se fue, de hoy y de Chabuca Granda, resulta ya totalmente imposible y suena más bien a insulto de extranjero indeseable."
"Ce dernier consista en la promesse éternelle de porter l'habit de couleur mauve du Señor de los Milagros chaque mois d'octobre, parce que c'est en octobre que son petit garçon s'embarquait, et parce que le Señor de los Milagros qui n'abandonnait jamais personne et c'était le Christ métis et le patron de la ville de Lima, que l'on appelait aussi la Cité Jardin, en ce temps-là, acte désormais complètement impossible dans la très populeuse Lima qui est partie, celle d'aujourd'hui et de Chabuca Grande, et qui ressemble plutôt à une insulte d'un étranger indésirable."
NB: N'étant pas traductrice, j'espère avoir rendu le plus fidèlement possible l'extrait de Bryce Echenique. Pour plus d'info, un clic sur
, vous y trouverez aussi certains blogs très intéressant en espagnol ou français sur le Pérou ou l'Amérique latine.
03 octobre 2009
Polaroïd n°8 Un café, une histoire.
Avec V., une amie, nous avons convenu de nous rencontrer chaque jeudi en quinze. L’une vient avec, dans son sac, une consigne et une adresse de café. C’était mon tour et, dans l’urgence, j’avais choisi l’extrait d’un de mes textes. Je ne sais pas si l’amorce fut fructueuse, mais le troquet s’est avéré trop bruyant. J’attends donc le choix de ma comparse pour notre prochain atelier d’écriture.
«La ville est déserte. Plein août. La voiture s’engouffre dans l’avenue rectiligne, tracée au cordeau dans d’anciens temps romains. Se faufiler dans les vieilles rues biscornues jusqu’à la placette. Plus de trois ans déjà et je me sens brusquement étrangère à ces façades meurtries par les pluies et quelques siècles d’oubli. »…
Je pourrais dire que c’est lui. Et eux. Une histoire qui s’effiloche et la tendresse presque écœurante de leurs présences qui ravaude même les meilleures volontés. Je pourrais dire que ces fissures qui lézardent nos propos filtrent un vide qui m'obsède. Qui m’attire.
Mais non, c’est la pluie. Cet orage qui hier s’est abattu sur les chaumes pelés et les ardoises sales, qui s’est calmé, devenu une averse drue et froide. Un flot de boue a envahi le sous-sol. Au pied des murs pâles et crayeux, des volutes terreuses avaient apposé leur sceau humide. Un plafond duveteux et bas étouffait la plaine et les faubourgs de ses rondeurs léthargiques. Trois hivers et autant d’étés. Je sentais encore revenir avec cruauté ce premiers jours, les cartons devant la maison tout en hauteur, cet homme-là et les deux enfants qui lui ressemblaient. Une semaine sur deux, des arrangements entre ex en cascade. Le retour du travail de nuit à l’hôpital. J’avais posé des jalons, précautionneusement. Avec méfiance. Il avait fallu secouer la torpeur qui allait de pair avec ces habitants taiseux. Se couler dans le creuset méfiant et cauteleux d’une région assoupie. Se faire sienne. Se faire leurs.
Il a plu hier, à grosses draches. Comme dans ces jours passés là-bas. L’absence et son cortège d’illusions et de regrets m’ont saisi à la gorge ; j’ai senti pointer le chagrin et l’amertume. J’ai arrêté la voiture et j’ai marché. J’ai retrouvé l’anse où nous avions pique-niqué ce dimanche d’août, juste avant que les enfants de Louis retournent à leur mère et aux vacances en Dordogne avec les cousins. L’odeur douceâtre de l’eau m’avait rendu nauséeuse et nous étions rentrés plus tôt. J’avais pourtant pu les observer, tous les trois, riant d’une blague idiote et s’enthousiasmant pour un nouveau jeu vidéo.
L’anse était toujours là. La pluie avait lavé ce souvenir tenace, ne laissant plus qu’une rive herbue et les traces d’un rendez-vous manqué. Plus tard, dans la soirée, l’évidence éclata ; j’avais cru pouvoir rester, me fondre parmi eux. Pour eux. Mensonge, j’étais là parce que j’avais oublié la grève humide et les forêts ajourées, la houle moutonneuse qui lèche la digue. Il me fallait partir.
La ville est déserte. Plein août. Quelques traces sales sur les façades que le soleil n’a pas essuyées. Il ne faudra que quelques heures pour que la vieille cathédrale disparaisse au creux des champs ébarbés.
01 octobre 2009
Polaroïd n°7 Rituel du matin
Je ne suis pas branchée sciences occultes sauf dans la mythologie grecque (Ah Cassandre!). Autant dire que je suis peu sensible aux sirènes des horoscopes ou autres tarots. Mais celui-là vaut son pesant de cacahuètes. Pour vous, je cite l'horoscope du Sagittaire pour le mois de septembre :
Obsédé par un désir d'indépendance et de liberté, le sagittaire a horreur de la routine. Conseil: si vous êtes obligés de vous marier, faites un contrat de mariage en béton, cela vous servira en 2010.
Pour les intéressés, vous trouverez les indications vous menant aux prédictions d'octobre dans cet article: http://les1001vaches.canalblog.comvaches.canalblog.com/archives/2009/10/01/15270541.html#comments
Et bonne prédiction!
27 septembre 2009
Polaroïd n°6 Restif et le bien nommé
Je l’avais surnommé fesses-boucq, inspirée par ma chère JessyKitty et j’imaginais… Des liaisons parallèles, nées de pulsations ioniennes et accouchées sur un sofa Ikea.
Du sexe virtuel ou pas et des dialogues de piliers de bar ou de salon thé, seul l’enrobage… Oui, l’enrobage entre le craquant d’un glaçage ou le mordant d’un jambon beurre. Mais l’ivresse toujours.
J’imaginais donc, des rêves dévoilés, tabous, resucés et caressés sur le bout des touches. Des histoires drues, pas comme ces œillades que je croyais surprendre entre cet homme et cette femme-là, qui se frôlaient à la sortie d’un Market ordinaire.
Ce matin, j’ai reçu ce message. De prime abord, ce n’était pas le même nom. Ainsi ce souvenir prenait deux x ?! Je scrutais la photo épaisse comme un timbre poste. Une fille toute mignonne et un visage qui lentement me rappelait des retours de collège, cette vieille bâtisse percluse et moche et un horizon de plus en plus bouché ; une vague de collégiens baby-boomer et un budget sur le déclin ajoutant des salles préfabriquées comme une invasion sans fin de cloisons beiges et dolentes. Je me souvenais de lui.
Un autre mail. La même photo de classe où il avait désigné mes nattes brunes à la fillette qui se tenait aujourd'hui à ses côtés. Je suis restée surprise, sur le seuil d’une vie un peu ennuyante, rodée et en itinéraire balisé. Ainsi, il avait eu le béguin. Et ce sentiment d’enfant qui avait dû l’accompagner chaque fois que les poids lourds de la route d’Avesnes nous frôlaient. En cours de dessin avec la vieille harpie. Ces dialogues rieurs où nous comparions, entre fils d’étranger, le portugais, l’italien et l’espagnol, laissant les sonorités rondes illuminer notre quotidien rugueux et chiche et nous inventer des vacances modèles. Ainsi, ses mots de silence, juste effleurés, étaient toujours là.
Voilà j’ai cliqué sur le lien « amis », celui qui ne veut pas dire grand-chose et j’ai pensé qu’il vivait à Nice, étrange hasard. Un été si brûlant que les touristes avaient déserté les plages, la clim’ marchait à fond, un autre me brisait le cœur.
Dehors, il y a cet été qui ne veut pas mourir et dont je profite jusqu’au dernier soupir. Le passé lui va si bien.
26 septembre 2009
Polaroïd n°5 La route des vacances
Elle s’était assoupie. Le ronronnement du moteur, la brise climatisée avaient eu raison de ses angoisses. Les enfants, hypnotisées par leur console de jeux, semblaient n’avoir pas quitté Clamecy. Seul lui, amarré à son volant et aux limitations de vitesse, prenait garde à leur présence rassurante.
Il mit son clignotant et fit taire la voix furibonde du GPS. La voiture s’engagea dans quelques lacets étroits avant de s’immobiliser devant le Kilt, le bar-tabac qui jouxtait la mairie. A ses côtés, la tête blonde avait glissé doucement jusqu’à épouser la vitre. La fatigue avait creusé des baïnes sous les paupières diaphanes. Aussi dangereuses que celles où avaient sombré mercredi dernier deux touristes anglaises. Les trois passagers ne tressaillirent même pas quand le conducteur fit claquer la portière. Ils ne l’aperçurent pas non plus griller une cigarette en compagnie d’une rousse, dans l’encoignure d’une porte rouge.
La rousse retourna en salle. La cloche venait de sonner le quart d’heure avant l’apéritif et les habitués rentraient au bercail. L’homme glissa un coup d’œil à l’intérieur et regretta les volutes fumées. Elles auraient adouci les beuglements qui montaient crescendo. Il buta sur le cendrier juste à temps pour y écraser un mégot. De loin, il n’apercevait que ses fins cheveux clairs et l’ombre courbée de Marc et Victoire. Il hésita avant de ranger son paquet de Marlboro et de les rejoindre. Un coup sec sur le carreau. Elle finit par relever la tête. Elle semblait hésiter à le reconnaître. Lui aussi ; elle était tout à coup si jeune. Etrangère.
Il s’assit. « Il y a là-dedans une Gisèle qui te connaît. Elle tient le bar. Laura B, j’ai précisé. Elle m’a dit que vous aviez été longtemps copines. » Elle ne bougea pas. « Elle m’a parlé d’un gars, Jérémy. Gégé. Je ne sais plus et d’un autre. C’est fou ça, elle n’arrêtait pas ; une boîte pas très loin, de virées en vélo, des histoires de mecs. D’un voyage avec le bahut en Angleterre. » Il se tut. Elle bougea imperceptiblement. En tout cas, il le crut et poursuivit. « Remarque, elle parlait tellement vite et avec un accent! Le résultat est le même que si elle ne disait rien. » Elle ne releva pas. Il lui proposa de manger là ; après tout il fallait parcourir encore 15 kilomètres avant la prochaine ville. Elle refusa. Elle ajouta qu’elle n’avait pas très faim, qu’elle avait encore sommeil.
La voiture démarra lentement. Elle regarda s’éloigner le mur brique qui enserrait la mairie, la façade noircie de l’école. Elle devina dans l’ombre de la rue Sanson le rencognement qui ouvrait sur la cour et le meublé ensuite. Un jour, un des derniers, elle avait laissé, derrière un parpaing de la cave, une liasse de feuillets froissés et une photo. Le ruban et le papier avaient sans doute jauni , le polaroïd aussi. Elle détourna la tête. Il ne poserait aucune question avant d’arriver sur la côte. Il lui assignait à l’évidence une souffrance refoulée et des larmes, qui sait de la peur. Elle moquait parfois le psy en lui, même si, in extrémis, il avait préféré la cardiologie. Et faisait diversion. En éludant. En omettant tout détail antérieur à leur rencontre. Ainsi, au bout de plus d’une décennie commune, il ne connaissait de son enfance et de sa jeunesse qu’une brève fiche d’état civil.
Dans le rétroviseur, elle aperçut les tables alignées et la carotte rouge abimée. Une femme regardait la voiture s’éloigner. Ainsi Gisèle était rousse. Elle l’avait connue blond-brun fillasse puis décolorée Marylin. Des rumeurs sourdes bourdonnèrent au seuil de ses tempes. Encore ce mal de crâne. Elle massa délicatement ses tempes et se rappela qu’il n’y avait plus de comprimés dans le tube jaune noyé dans un des sacs de voyage. Ils venaient de quitter le village. Sur la droite, elle avait ignoré le panneau fluo. Elle aurait pu apprendre que le Macumba trônait à quelques encablures. Comme par le passé, les feux ne s’allumaient qu'à la nuit tombée et balayaient les pâtures. Dès 23 heures, la sono crachait à pleins poumons des hits de second choix. Rien qu’un château d’eau désaffecté et reconverti sous diverses couches de peinture en temple des samedis soir. Elle pensa immédiatement à ce rêve, récurrent, où un phare fallacieux planté au bout d’une bande caillouteuse déversait ses néons. Une nuée de paillettes, de bras, de jambes papillonnaient, raclant désespérément les parois de béton et finissaient par s’échouer sur le terrain vague derrière les cyprès. Elle se réveillait en nage, le réveil marquant immanquablement 3h45 en signes lumineux. Elle eut un bref sursaut, prête à lui confier... Non. Il ne fallait pas. Il brûlait encore de la questionner. De la confesser. Elle le savait et haïssait cet instinct vorace et brutal. Qu’il laisse en paix le grand bazar de la mémoire, avec ses scènes surjouées et ces épisodes que la censure de la peine guillotine. Il avait bien l’âme de son époque, fouineuse et délétère, une âme de cafard qui s’insinuait partout. Elle ne risqua même pas un mouvement vers lui. Il fixait sans doute la route, les lèvres serrées. Ses silences à répétition l’avaient dissuadé d’employer les interrogatoires abrupts. Il traquait désormais les indices, les mots qu’elle déposait parfois comme une évidence et qui semblait l’amorce de secrets jalousement scellés. Elle rejetait tout. En bloc. Ses questions, toutes ces phrases qui égratignaient sa seconde peau, découvrant une chair à vif qu’elle voulait inconnue et morte jadis.
Elle décrocha son regard du rétroviseur. Bientôt la voiture suivrait le sillon rassurant de l’autoroute. Les enfants s’extirperaient de leur monde sonore pour réclamer leur pitance. Face à l’impatience, elle raconterait l’océan dans une ou deux heures, le ciel immaculé. Il s’inquiéterait du paquetage, de la maison familiale, délaissée tout un printemps. Il n’oserait plus l’interroger. Dans un mois, dans un an, il tenterait encore, lancerait les dés et convoquerait un passé peu loquace. Elle lui opposerait la même réponse bornée.
Ce soir, sur la plage grège, elle rira avec Marc, en tenant entre ses doigts humides le fil blanc de son cerf-volant à deux sous. Lui se tiendra un peu en retrait, surveillant Victoire appliquée à décorer de coquillages un monticule doré qu’elle baptiserait ensuite Kilimandjaro. Elle tremblera et se gourmandera tout haut d’avoir oublié leurs chandails. Ils n’avaient même pas pris le temps de défaire les valises. Même en été, le soir, ici, il fait toujours un peu frais. Oui, elle tremblera de froid. De crainte aussi. Car ce regard un peu flou qu’il posait sur elle, s’il disparaissait ? Elle croyait, stupidement, que s’il savait, s’il devinait, elle redeviendrait cette fille aux joues rebondies, au regard parfois veule derrière les cils alourdis. Elle s’accrochait à ce talisman mutique. Neuve, il ne cessera jamais de l’aimer.
La petite voix de Marc la tirera avec douceur de ses rêveries. Elle lui tendra le fil tendu à craquer vers le ciel. Sur sa paume glacée, une longue strie grenat dédoublera sa ligne de vie.
13 septembre 2009
Polaroïd n °4 Zadig et Voltaire
Sur un commentaire de Anna de Sandre sur le pola n° 3:
"Ca, se faire croire que l'on aime, c'est plus facile que le Père Noël. Parce que le Père Noël un jour, on ne fait plus que semblant d'y croire."
Le frisson de la soie contre le Steinway. Ou le tintement des sequins portés en sautoir. Elle leva la tête. Debout, Juliette D. restait insignifiante. Elle l’avait aperçue, en grande conversation avec un trio de bobos, lorsqu’elle s’était approchée du bar. S’il s’agissait bien de membres de cette tribu parisienne... Nadège, son amie de toujours, ayant vainement essayée de lui décrire ces pseudo-branchés qui peuplaient les manifestations artistiques dans le quart Nord Est de la capitale. Elles les croisaient au hasard de leurs pérégrinations artistiques ; empilement d’habits étranges et déstructurés, de couleurs criardes et de camaïeux déteints. Il y avait comme une jeunesse passée dans leurs postures. Au grand dam de son amie, ce presque dandysme, où la légèreté ne se résignait pas à disparaître, l’attendrissait.
Ses pensées se concentrèrent à nouveau sur le bout de brindille féminine qui la toisait. Sa moue avait le mordant du botox. Estampillée des chaussures jusqu’à la tunique ; seul le piercing semblait vierge de toute référence. Elle la connaissait par ouï-dire et rencontres fortuites rapidement éludées. Des relents de jalousies lui étaient parvenus, égratignant sa fraîche relation avec David. Il fallait bien jouer le jeu. N’avait-elle pas touché le jackpot ?
Après un rapide bonjour, la bouche dodue sous le gloss jeta un perfide : « Vous croyez que vous l’aimez ? » juste assez fort pour paraître irrévérencieux sans être vulgaire. Elle salua la prestation qui la ramena à ses chères études, lorsqu’elle planchait sur l’évolution de la cour, du Bien Aimé jusqu’au dernier Capet avec quelques digressions sur la Régence. Elle se retint de pouffer en imaginant l’impudente coiffée d’une perruque poudrée.
Elle se ressaisit. Il fallait clore le clapet de cette pimbêche. Sa main se posa sur le poignet de l’homme qui bavardait à sa gauche. Il se tourna immédiatement vers elle. Son visage amoureux lui rappela que les fines ridules, qui ornaient ses tempes et dont l’apparition atterrait la majorité de ses consoeurs, ajoutaient à son charme. Il s’écria en saluant l’importune: « Juliette, quel plaisir ! Sais-tu que nous envisageons une escapade aux Maldives pour notre lune de Miel. » Elle n’aurait pas pu trouver une répartie plus assassine que cette annonce sincère et spontanée. La maigrichonne écorcha les félicitations d’usage avant de disparaître, le rouge aux joues. Par pudeur, elle avait dissimulé le solitaire que David avait déniché dans l’échoppe discrète d’un renommé diamantaire anversois. Elle fixa la silhouette étriquée qui s'éloignait à pas pressés. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, nota-t-elle, en mesurant la platitude de ses fesses et de sa poitrine.
Et cette question puérile … Si elle croyait qu'elle l’aimait. Pourquoi pas croire au Père Noël ?
et si cela vous tente un clic là pour Une histoire de Carlito et Carlita écrite cette été et que certains ont déjà lue.
09 septembre 2009
Polaroïd n °3 Mnêsis
Éclat d’amande translucide versus fond d’indigo. Un vent tiédi par l’été secoue ses rafales. Je regarde l’empreinte nacrée, brillante comme ce glacis douceâtre qui ornait les cupcakes d‘une tantine. Une file de nuages laiteux cheminent plus bas. La douceur du tableau me ramène aux rives suaves des souvenirs. Un goût de thé presque brûlant. Un gâteau à la pâte molle et fondante. Sur mes lèvres, la rencontre discrète de l’amaretto.
M’aimais-tu ? Sans doute, car depuis cet été nonchalant, depuis cet adieu brusque dans un café écaillé, tu me donnes des nouvelles éparses presque tendres. Auxquelles je ne donne pas suite. Ou si peu, si vaguement que mes paroles ont le reflet des mensonges. Un mot en courant d’air. Une esquive élégante et presque insoupçonnable. Je n’ai jamais su dire adieu.
T’ai-je jamais aimé, toi qui avais scellé notre rencontre de silences, de serments éternels et équivoques. Tu avais décliné la carte du tendre. Promis sans bouger d’un iota. J’ai joué, ondulé, aguiché. J’ai attendu que tu fasses un pas. Tu l’as esquissé et tu t’es rétracté.
Tu t’invites encore. En dépit de mes dérobades, je ne peux m’empêcher de sourire à ces sentiments qui ne se laissent pas mourir. Je pourrais presque croire que je t’ai aimé.
crédit photo http://s216.photobucket.com/albums/cc156/clairdelune33/?action=view¤t=Heinzen4.jpg
31 août 2009
Polaroïd n°2 Souvenir du Berry
23 août 2009
Polaroïd n°1
Ta peau est prison
Au bout du ciel, l’attente
Morte-née s’évade
crédit photo: filambule sur http://www.polaroid-passion.com/
19 août 2009
L'été en pola - quelques nouvelles
Août. Déjà. Les cartables craquants peuplent les linéaires. Le chemin des retours s'annonce à pas feutrés. Je n'aurai pas le temps, ni parfois la connexion qui me permettrait de reprendre mon blog de manière très suivie d'ici la fin de l'automne. Je vous enverrai parfois un "instantané" comme un polaroïd fané qui s'échappe. Je viendrais pour quelques lectures, entre deux cartons, des constructions de lego sans fin et des heures de bricolage. Je prendrai le temps de lire, ma PAL ayant des allures de tour de Babel. Et j'écrirai de ces longues pages qu'internet ne peut accueillir.
A demain ou dans une quinzaine. A bientôt en tout cas.
"Il arrive que la vraie vie, en dur, vous rattrape et mange vos mots. Elle s’étale, prend son temps entre deux visites et des jeux à n’en plus finir. Il fait tiède sous la tonnelle et seule la lecture vague d’un livre vous arrache à ces jours sans fardeau.
Se lover dans ce creux de temps comme d’autres se repaissent d’une quête d’éternité. Oublier un instant le fil des histoires, des êtres de papier qui n’existent que d’un sang d’encre. Les laisser vagabonder sans remords."



