22 juin 2008
Un brouillon dans la nuit
J’ai crié quelque chose qu’il n’a pas entendu.
Il s’est retourné. M’a regardée. A tourné les talons et est parti.
Le froid m’a happée sans un bruit.
( J. )
Pourquoi, pourquoi a-t-il retiré ses gestes, laissant mon corps orphelin ? J’aimerais comprendre. Ces mots qu’il m’a refusés. Ne pas accepter ce regard impassible quand on sait l’étincelle qui a subrepticement traversé son regard transparent.
Le ciel était doux hier, mangé par les hautes branches des hêtres. Nous nous dévorions du regard chacun à l’autre bout de l’allée de sable. Au milieu des tombes chuchotantes.
Et ce silence, cette indifférence soudaine. Effacée d’un non regard, niée. La gifle est cuisante et injuste. Le coup a pourtant été porté. Je suis à terre.
Pouvoir hurler, se rouler sur le chemin, se tordre de douleur. Et rester, là, immobile. Seul un dieu peut observer, indifférent, la déliquescence d’une vie ; l’homme d’airain demeure silencieux. Il n’y a rien à ajouter.
Son ombre a emporté avec lui jusqu’au souvenir de la tendresse, jusqu’aux jours qui furent, jusqu’à ce nous.
A-t-il seulement existé ou n’était-ce encore qu’un rêve trouble ?
Le froid m’a happée sans un bruit
Je glisse. Sans un murmure. Sans témoin.
La peine crue m’enveloppe, sans un mot, de sa tendresse.
06 mai 2008
Eloge des femmes mûres
Le livre de Stephen Vicinczey m'a inspiré cettte nouvelle, que vous trouverez en lien (photo, titre, ou sur le lien champsdecoton) . Je vous cite le début de l'extrait qui me donna le déclic: "L’amour donnant un avant goût de l’éternité, on est tenté de croire que l’amour véritable est éternel"
03 mai 2008
Hommage 2ème partie
J'ai écrit ce texte pour quelqu'un qui nous a quittés. Puisse-t-il avoir trouver ce qui l'a fait partir.
Une poignée de sable
Il regarde encore une fois ces nuances du ciel familier, celui qui se découpe entre la tour de droite avec ses murs tagués et les hautes cimes des arbres du petit parc. Celui qui jouxte le square où s’agglutinent d’ordinaire les enfants. Il n’y a plus personne. Il est 19h et tous sont attablés, déjà vissés devant leur écran tant de pouces acheté à crédit. Il est seul, assis sur ce vieux banc de bois écaillé, et il se sent faire corps avec lui. Il n’a pas 32 ans mais il se sent vieux et usé. Il devine que ses traits sont creusés, à force de désespoir. Il soupèse le tissu léger de son veston. C’est le plus beau de sa garde-robe, un peu léger pour la saison. La nuit va bientôt tomber et son imperméable léger ne le réchauffera. Mais il fait froid aussi chez lui et les murs suintent l’humidité. Et puis, il n’a pas grand-chose à manger. C’est pourtant le début du mois mais il n’a pas osé sortir faire les courses. Il a parfois de ces phobies stupides, comme si les gens savaient. Mais les gens ne savent pas, ils se moquent bien de lui, ils ne le remarquent même pas.
Il y aura aussi sans doute un ou deux messages sur son répondeur, sa mère, sa sœur pour savoir si l’entretien s’est bien passé. Il n’a pas envie d’entendre la note frêle d’espoir qui vibrera dans leurs voix. Il sait d’avance qu’il n’aura pas le courage de les rappeler. Pas ce soir. Le ciel se teinte de couleurs de sang. Comme pour une fête, un peu triste, un peu raté. Il repense à cette gravure qui était accrochée dans une des salles de classe de sa petite enfance. Un géant dont les épaules croulent sous le poids du monde. Enfant, il s’était longtemps demandé comment un homme pouvait soutenir cet effort indéfiniment.
Le premier frisson du soir. Il ferme les yeux. Il devine que l’obscurité s’infiltre dans les cours bétonnés, le long des murs miteux de la résidence. Il n’a pas froid encore, juste cette caresse humide qui s’abîme sur sa peau, sur ses mains. Cette morsure, si cruelle, qu’il ne sait jamais si c’est le chagrin ou si c’est le souffle glacé de la nuit qui arrive, qui l’a causée.
Son cœur est las. Il se sait épuisé. Chaque matin, se lever, pousser la nouvelle journée devant lui sans se perdre. Ecrire des lettres, appeler des inconnus et se vendre, sortir une heure pour ne pas devenir fou dans ce studio dénudé. Eviter les supermarchés, le centre ville. Il sait qu’il devrait, au moins côtoyer quelques autres, des bribes d’une vie qui fut la sienne jadis. Combien de fois lui a-t-on conseillé de voir ses amis ? Il sourit presque, il en a si peu, une espèce qui se réduit comme peau de chagrin. Il sait bien que s’il insistait, il pourrait passer avec eux une heure ou deux, mais il les sent mal à l’aise. Tout sujet de conversation se métamorphose en chausse-trappes : ne pas parler de destination de vacances, de cinéma. Puisqu’il n’a plus les moyens de sortir. Ne pas évoquer la politique, les projets. Il se souvient d’une soirée où un des convives avait rappelé un propos de campagne : « Travailler plus pour gagner plus. » Il avait senti alors le poids du regard de ceux qui savaient. Heureusement, à cet instant, le roastbeef avait été légèrement récalcitrant. Par la suite, il n’avait plus jamais été invité avec d’autres. Un petit repas simple en semaine. Et puis, au fil des mois, seul un coup de fil isolé lui rappelle parfois qu’il a eu des amis. Il n’a plus le courage d’affronter leur regards, les non-dits, les conseils qui meurent sur leurs lèvres : « Bouge-toi, tu es sûr que tu ne demandes pas trop pour ton salaire... » Des amis ! Il n’en peut plus du monde. Il veut oublier. Effacer, cette douleur qui étreint son cœur chaque matin, qui augmente à chacun de ses souffles. Ce poids qui le réveille chaque nuit et le tient éveillé, les yeux grands ouverts, effrayés.
Un chien galeux traverse le square. Il a l’air heureux, il gambade. L’animal jette un bref coup d’œil à cet homme silencieux. Il s’arrête un instant, s’assoit, histoire d’asticoter quelques puces et repart comme il est venu. L’homme soupire. Il sent bien une envie sourde de pleurer. Il compte dans sa tête et parvient à refouler ses larmes. Il prend sa tête entre ses mains. Il sait ce qu’il ne supporte plus, ce qui le mine. Il voudrait pouvoir le réduire en miettes. La peine, le sentiment d’être inutile, il arrive à les tenir en respect mais ça non. Ce sale petit espoir, à chaque entretien, à chaque enveloppe dans sa boîte aux lettres. Ce maigre bout de croire quand il aperçoit le voyant lumineux de son antique répondeur. Il n’y arrive plus. A chaque fois, une fin de non recevoir et ce coup de poignard qui lui transperce le cœur…
Il se lève et s’accroupis devant le bac à sable. Il en attrape une poignée qu’il laisse s’écouler entre ses doigts. Il aimait bien cela quand il était petit, construire et creuser des tunnels dans la surface meuble. Aujourd’hui, il ne joue plus, il laisse chaque grain caresser sa paume comme un dernier adieu de la vie. Il est temps, il a pris sa décision. Il faut le faire et vite. Il regarde une dernière fois ce petit banc qui a soutenu si longtemps son dos épuisé, ce ciel qui se voile. Il ne sent plus le poids qui dévorait ses joies et ses pensées. Il devine juste la feuille légère, pliée en quatre dans sa poche. Ce soir, il entrera peut-être dans un monde, qui lui apportera un peu de paix.
02 mai 2008
Accident du travail
Accident technique! Mais je suis à l'avance, donc deuxième texte qui suit.
01 mai 2008
Des poèmes, des poèmes...!
Un 1er mai en life
Un compte à régler - Paul Eluard
L'effort humain Jacques Prévert
Il est terrible... Jacques Prévert
30 avril 2008
Un hommage
Pour une fois, je vais marquer une date. Après tout, c'est le premier mai demain... Cela a pour moi une significaiton particulière. Je vais donc rendre hommage à ma famille dont l'un des membres est mort jadis au bagne de Belle-île ; ils vivaient à Montmartre. Et il y eut la Commune.
Le programme des manifestations
Je vous ai donc proposé une de mes divagations poétiques qui m'éloigne parfois des réunions où tous cogitent dur. Aujourd'hui, une mini nouvelle, fin d'après-midi ou de soirée, inspirée par ma journée d'hier. Demain, 1er mai, quelques poèmes dits. Vendredi, ce sera, malheureusement, un texte tiré d'une histoire vraie et ce sera de nouveau un hommage à une victime du monde du travail. Et samedi, je profiterai de la consigne proposée par Kloelle sur http://samedidefi.canalblog.com/archives/2008/04/27/8969844.html pour clore cette série.
14 avril 2008
Un WE.. Une île
Me voilà de retour avec quelques heures de sommeil en moins, des ballades en vélo et... des images dans la tête.
Inspirée par http://www.deezer.com/track/133127
Je vous livre ce petit texte
Tout l’univers
Tient dans ma tasse de café
Reflets de bakélite
Qui brille telle une nuit sombre
Une gorgée d’amertume
Caresser la surface rêche de la table,
Un bref instant plonger ses yeux dans cette lune noire
Et s’enrouler dans un cercle de porcelaine.
Emerger aux antipodes,
Ruisselante, aux limites extrêmes de sa vie.
Immaculée.
Lavée de la suie qui se dépose,
Lentement,
Inexorablement,
Envahissante…
Tient dans une tasse de café
Eclats d’anthracite, traces d’un soleil.
Lever les yeux
Attraper au vol
Le pas rapide des passants
Le bourdonnement soudain de l’autre, des autres,
Qui s’acheminent, se télescopent,
Sur une tangentielle banale.
Il y a d’autres terrasses
D’autres villes
D’autres inconnus
D’autres départs.
Tout l’univers
16 mars 2008
Un week end où 1001 vies bruissent
La semaine dernière, c''était un beau WE, les brigands m'avaient concocté vendredi soir un parcours fléché:
Le carrelage était parsemé de bout de papier recouvert de flèches. J'ai grimpé sur un fauteuil, fouillé dans la machine à laver, soulevé des coussins. Je suis passée sous les fourches caudines du baby foot (et dû tourner sur moi-même, ouille ma tête) et j'étais un peu perdue dans les méandres du circuit et puis j'ai trouvé...
02 mars 2008
au musée
J'étais à Paris, il ya quelques semaines. J'ai visité un de mes musées préférées et de la grande frustration de ne pouvoir toucher, palper, caresser et me frotter à ces masses de bronze et de marbre, est né ce petit texte.
Un clic sur la porte ci-dessous et vous entrerez au musée Rodin( sur l'extension des champs de coton). J'y ai ajouté un petit album photo intitulé Hôtel Byron.
20 février 2008
dans un autre hémisphère
Consigne 63: La photo est de Coumarine. Le texte (qui ne dépassera pas 2000 signes, je le rappelle!!!) commencera par: "J'ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac"
Le tour de clé
Je sortis mon cahier à couverture rouge de mon grand sac. Mes joues virèrent brusquement à l’écarlate. Respirer lentement, calmer le tremblement de mes mains. Comme aimait à me répéter M. Calbero quand je devais passer une audition de violoncelle, sentir son corps aspirer tout l’air dont il a besoin. La grosse cloche de l’église venait de faire entendre sa voix éraillée : « Fidèles, il est l’heure. » Sans succès ! La rue était déserte. Le couvre-feu et les chenilles des chars qui arpentaient la ville avaient confiné les habitants entre leurs quatre murs. Je m’étais faufilée au dehors en prenant garde de ne réveiller personne. Je portais l’uniforme marine des écolières de Santa Maria de Nuestras Gracias. Chaussettes tire-bouchonnées et col râpé, les cheveux tressés qui pendouillaient sur mon dos, j’avais l’air d’une fille ordinaire qui rejoignait un bataillon d’éclaireuses. Il était temps, je calai à nouveau le cahier dans mon sac. Un rapide coup d’œil vers le square où somnolait un clochard et où venait de pénétrer un homme à l’âge incertain. Je vis bien deux ombres qui s’étreignaient. Des amoureux sans doute ? Malgré mon pull, en dépit de la présence de l’été, j’avais froid, j’accélérai le pas. J’aperçus au loin le vieux lampadaire qui m’avait été indiqué. J’y attachai ma bicyclette à l’aide de la chaîne et du gros cadenas que j’avais dérobés sur l’établi de mon grand-père. Le temps avait filé si vite depuis le moment où une Carlita, fiévreuse, m’avait suppliée de la remplacer. A ses yeux cernés, à ses propos affolés, j’avais su qu’il me fallait obéir. Le jour venait à peine de poindre. Je m’étais habillée à la hâte pendant que ma sœur avait répété avec peine ses instructions. Au sortir de la maison, le silence m’avait saisie, je devais faire vite, bien que la place San Roca ne fût qu’à quelques coups de pédale de l’appartement familial. Je laissai mon vélo solidement arrimé au poteau de métal. Il me fallut deux minutes pour tourner au coin de la rue et déposer le cahier dans une boîte à lettres. L’angoisse ne me saisit pas sur le fait. Elle me griffa à l’instant où je tournais avec peine la clé dans le verrou et où une longue voiture noire glissa le long du trottoir. La grosse cloche fêlée appela de nouveau les fidèles. Alors que le véhicule aux vitres teintées s’approchait de moi, je me mis à trembler. Je fis alors ce geste d’enfance, un signe de croix. Le cadenas tomba lourdement dans ma main, je le glissai dans mon sac L’ombre sinistre quitta l’endroit en une brusque accélération. 7h03. Il était temps de rentrer.





