Les Heures de Coton

Des mots, des livres et encore des mots

09 juin 2009

Pour un concours...

Cette lettre qui ne fut pas retenue.

L'âme voyageuse

Les jours ont glissé sur moi. Je n’ai pas écrit. L’envie d’abord, puis trop vite le découragement. Comment te dire autre chose que les lignes formelles d’un CV? Tout ce silence depuis ton départ.

Je revois ta silhouette, encombrée de sacs, de poches et de ton Leica, juste avant que le tube de verre ne l’avale. Au dernier instant, j’ai cru voir se dessiner sur tes lèvres un pourquoi.

J’ai attendu le bus pour Paris. Traversé sans encombre la Banlieue Nord, cette épaisse croûte de béton piquée de rubans de macadam. J’ai débarqué entre deux couples de touristes et rôdé autour de l’Opéra Garnier. Jamais, je ne me rassasierai de ses ors, de ses graciles nymphes de bronze. Je suis restée assise sur une des marches, happée par le ballet des voitures. Un vent tiède avait fait fuir les promeneurs.

J’ai erré pour m’éloigner de plus en plus, jusqu’à longer les Tuileries. Tu ne m’avais jamais accompagnée lors de mes déambulations dominicales, tout à tes retouches et à ta chambre noire. Je partais seule, à l’affût d’une façade, d’un visage. Chacun de mes pas nous éloignait l’un de l’autre. Je revenais riche d’un rien, d’un souvenir ravivé. Des rues jadis teintées de sang. En 1871. Cette cour offerte par la grâce d’une porte entrouverte. Chaque pouce de pierre et d’asphalte s’immisçait entre nous.

Ce jour-là, j’ai traversé la Seine. J’ai marché jusqu’à atteindre la bordure du périphérique. Je suis alors rentrée. J’ai ouvert la fenêtre pour accueillir l’air saturée de pluie. Des vagues de toits et de zinc s’étalaient devant moi. J’ai senti battre en moi le pouls de ma ville.

Sache que j’ai gardé le goût des départs, caméra en poche, et des aubes inconnues. Mais, j’avais si longtemps cherché un port où mon âme voyageuse n’aurait de cesse de se perdre et se retrouver.

Pierre, pardonne-moi.

Julie

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17 mai 2009

Addiction

enfants_blog_028Rentrer et savoir qu’un livre attend, tout bas. Un plaisir à l’avance. Pouvoir enfin assouvir sa faim à feuilles lentes. Sombrer dans cet entre-deux-mondes en clair-obscur.

Les soirs de blues, sentir leurs dos serrés entre les planches sombres de ma bibliothèque comme autant de vœux exaucés et de promesses à venir.

Les étés de plage, où les minutes s’étirent avec un parfum de crème chaude et d’iode. Ils se glissent, dans le cabas de coton de couleur, à côté de la bouteille d’eau et des serviettes rêches .

enfants_blog_030Une dernière minute, avant d’éteindre la lampe, se glisser dans ses pages mangées par la nuit.

Non, jamais sans un livre…


L'Oursonne me demandait le livre qui nous définissait le mieux..

Je dirais La peau du tambour d'Arturo Pérez-Reverte.

Et vous?

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15 mai 2009

Mai est un mois de fêtes

Pendant quelques jours, des voitures de la Ville stationnaient ; les lourdes portes de métal étaient ouvertes.

Hier, les toits blancs avaient remplacé le carré de terre. Posés entre un champ clair à l’abri des hauts talus. Le ciel bas semble désireux de les étouffer. J’imagine l’humidité des jours froids qui transpercent les murs de leurs maisons mobiles.

Aujourd’hui, le soleil a effacé les marques des nuages. De ma voiture, je les vois en haut de la crête. Des enfants qui disparaissent. Déjà, le petit bois a effacé le camp de gens du voyage comme on les appelle par ici. En ville, quelques uns se sont mêlés aux derniers routards du Printemps de Bourges

Ce soir, je suis repassée. Sur le chapiteau immaculé qui trône au milieu du campement, flotte un drapeau. Un homme regarde le coteau duveteux épouser l’épais renflement de la terre. Peut-être ne voit-il rien ? Au milieu des orges et des blés, une entaille de pierres fend le champ en deux. Une ancienne route, un ancien aqueduc que le soc et le fer ont éventré.

De retour de la ville, je suis patiemment une vieille camionnette maculée d’éraflures et de boue sur laquelle flotte un poisson de plastique. Elle tourne sur la droite sans prévenir. Cette année encore, ils se réunissent pour fêter un baptême.

Une amie disait l’errance de ces caravanes sans fin dans un de ses billets. J’y devine l’exil des villes. J’ai appris à me nourrir du rythme de la terre et des eaux du ciel. Retourner dans le chaudron bruyant des hommes et des tours ? peut-être, un temps et retrouver la neutralité bienveillante des grands ensembles. Ici, il y a, dans ce continuel renouvellement des cieux et du sol, toute la démesure absurde d’une vie sans éternité. Et toute sa simplicité. Il faut attendre que le hasard se démêle et dispose l’ordre des choses.

Le cri d’une alouette fond sur les hommes aux mains sombres et aux T-shirt colorés. Je passe sans bruit. Demain, ils ne seront plus là. Mais longtemps encore les herbes hautes salueront leur passage, avec la même mansuétude avec laquelle elles accueillent le premier vol de l’hirondelle.

* le poisson fut jadis l'un des premiers symboles des chrétiens.

http://www.interbible.org/interBible/ecritures/symboles/2006/sym_060210.htm

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06 mai 2009

Quelques poèmes offerts

Un couple attentionné m'a offert un recueil d'Abdellatif Laâbi, les tribulations d'un rêveur attitré. Cadeau précieux dans les pages duquel se niche ce poème.

C'est maintenant

que tu peux évoquer la mer

jouir du spectacle

ou t'angoisser de sa démesure

La plume sait y faire

bien mieux que les yeux

Et puis

on ne regarde vraiment

qu'à l'abri des regards

La_vague

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08 avril 2009

Pour les Impromptus

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Le choix d'Ovide

Matin ou Vêpres

Au bout du fil, un destin

Nu, cousu de soies

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Photo aimablement prêtée par Pierre-Paul Feyte

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07 avril 2009

Atelier Rabelais

Dans le cadre d'un atelier sur Rabelais avec Didier Galas et jean François Guillon, créer à partir d'une liste de mots, les premiers qui passent par l'esprit d'une histoire:

Empereur -Claudel - Groupe - Chausseur - Lecture - Aléa - Auto - Moutarde - Art - Electricité

J’avais déjà mis vingt-sept minutes et quatre secondes pour garer mon auto. Dix-huit minutes et trente-deux secondes pour repérer une place entre un peuplier à l’écorce maladive et une Saab prématurément vieillie, colorisée moutarde. Je ne savais pas que l’on utilisait cette couleur pisseuse pour les voitures. Je suis restée un moment là distraite, absorbée par la teinte ocre sale. La carrosserie était rapiécée par endroit. Par exemple juste au dessus de la plaque minéralogique ; cela m’a distraite. J’ai été encore plus retardée.

Paraît-il qu’il est question d’art dans l’acte de garer sa voiture. D’abord un coup sec qui s’achève en un geste en suspens, plein de grâce, à l’arrondi précis. Je ne le possède pas. Je tiens plutôt du style du boucher. Au hachoir. Huit minutes trente deux secondes et une éraflure. Une bordée de jurons entre mes dents serrées et une décharge d’électricité au niveau de la nuque quand le flanc gauche de ma mini a râpé le peuplier miteux. Aléa de la vie et de la conduite piqueté de stress. Huit minutes et trente-deux secondes soit cinq minutes vingt-deux de trop. A la louche.

J’ai alors rejoint le groupe qui s’entassait à côté de la devanture. Dario Valpus, Maître Chausseur, peut se targuer de posséder sa petite réputation. Justifiait-elle une boutique bondée un samedi matin ordinaire ? Ou avait-il notifié des soldes imaginaires ? En tout cas, le bonhomme était prodigieux. Il paraît que, pour une excentrique qui était venue avec « les habits neufs de l’Empereur » sous le bras, il avait déniché une paire de sandales en fil de la Vierge. Personne ne dérogeait à la règle. Dans la salle défraîchie où s’empilaient les boîtes en colonnes antiques, les autres clients étaient plongés dans la lecture de leurs sésames. Sur les genoux des enfants, on pouvait même apercevoir les contes de Perrault ouverts sur une gravure de Cendrillon, du Chaperon Rouge ou du petit Poucet.

Je me suis assise sur un tabouret et j’ai sorti de mon sac mon Claudel. Je me marie en huit.

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01 avril 2009

Fin de partie

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.

A la table voisine, un rire s’effiloche

Elle se penche et s’attarde sur une nuque neigeuse.

Si loin, ce demain.

Si proche…

Tableau d'Edward Hopper

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25 mars 2009

Matinale

cafe

.

Matin de glace

Le journal boit mon café

L’arbre tend son poing

.

Photographie provenant de Olivier de http://carpediem.typepad.fr/

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24 mars 2009

Lectures pour brigands.

Memoires_20oursUn azur bravache

Parfum de sommeil d’enfant

L’ours tendre veille

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17 mars 2009

Après.

La baronne éclata de rire. Quelques gouttes de champagne éclaboussèrent sa gorge laiteuse. Elle se retourna : « Hé bien, Comte, qu’elle serait votre réponse ? » Il la fixa et répondit doucement : « Après ma mort, je ne désire que luxe, calme et volupté. » Est-ce son regard qui le trahit ou une délicatesse insoupçonnée de la part de la jeune veuve… Viviane de Montgirard tendit sa main en une fugitive caresse. Son visage s’assombrit un instant avant que sa voix ne redevienne velours : « Incorrigible… Mon ami. Jusqu’à la fin...  Vous savez que certains peuples croient en une autre vie. … Après.» Et de rire à nouveau.

Une alcôve brûlante, rue Saint Sulpice. La baronne de Montgirard sourit à l’amant assoupi. « A la jeunesse », trinque-t-elle en silence.

A deux pas de là, le comte frémit, une douleur tenace enserre son cœur. Il va mourir. Il le sait.

La jeune femme regarde la goutte de champagne qui glisse entre ses seins. Elle pense au comte, son visage émacié. Elle cueille du bout de son ongle nacré la minuscule perle dorée et  la laisse mourir entre ses lèvres. Ainsi soit-il, pense-t-elle. Luxe, calme et volupté.

Inspiré par le thème des Impromptus Littéraires de la semaine: http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear/index.php

Posté par caro_carito à 15:45 - Les heures de poèmes et de coton - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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