24 juin 2009
Qui sème…
Depuis quelques semaines, un air pressé balaye les cours de ferme. Etrange va-et-vient ou une coupe s’échange contre un autre. Les cellules sont nettoyées de frais. C’est l’heure, où les stagiaires savent déjà où ils vont passer l’été. Les feuilles de contrat court emplissent les boîtes aux lettres d’une poste de campagne. Les téléphones des électriciens et des mécaniciens s’activent. Un regard en soirée sur les cours des céréales. S’arrêter au coin d’un chemin pierreux pour observer les têtes souples des orges. Les oiseaux volètent éloignés des préoccupations des hommes. Un homme monte sur une batteuse pour la dernière toilette avant départ. L’un scrute le ciel, l’autre soupèse la lune. Demain.
Un on-dit se répand. De ferme en ferme. X a démarré. X est le premier, premier à planter le soc en terre, premier à faucher. La rumeur hausse le ton, les bruits se propagent, bientôt, bientôt. Chacun retient son souffle, s’abîme dans l’écoute du bulletin météo. Crainte de la grêle, des températures qui explosent, des orages. On calcule, on spécule. Sortir tel jour, pluie ce vendredi ? A combien le prix au cul du camion ? Qualité, lourdeur de l’épi.
Hier à un signal silencieux, a répondu la ronde des batteuses, or, carmine, émeraude. File de camions, de bennes et de tracteurs. A chaque grain qui tombe et qui s’achemine vers un silo sombre, le prix de la terre tinte ; un an de patience et de labeur, de peurs secrètes et d’espoir que quelques semaines d’été effacent. Il n’est plus temps de s’inquiéter.
Je poste moins alors je vous invite à consulter ces deux sites dont j'aime particulièrement l'esprit et le style:
http://jedouble.canalblog.com/ et http://presquevoix.canalblog.com/
22 mai 2009
Un battement d'elle
Quelques minutes de battement. Lucas va bientôt arriver. C’est le dernier élève du samedi, la sonnette retentira à pile onze heures. J’ai juste le temps d’attraper mon saxo. Je pourrais alors m’exercer sur quelques notes de jazz bien huilées.
Les murs sont minces et je l’entends. A deux pas. Le tintamarre de ses casseroles, le batteur métallique qui maltraite les bords de la jatte grège. Ensuite, le silence feutré de la pâte qui s'étalera sur la table constellée d’étoiles immaculées. Et s’abandonnera, en une molle soumission dans la douce caresse des mains fines et pâles. S’ensuit un ballet d’allers-retours, de la cuisinière au plan de travail, du réfrigérateur au placard vert amande. Un tour de cuillère dans le pot frémissant. Une pointe de sel sur la sauce qu’elle vient de lier avec application. Un peu d’huile d’argan, une pincée de paprika se mêlent à la scarole fraîchement coupée.
La maison sera étonnamment calme. J’aurais rangé mon saxophone. Elle sortira triomphante de son antre. Un peu de farine sur l’épaule. Elle dénouera son tablier et se laissera tomber en riant sur le crapaud en tissu élimé. Je ferai abstraction de toutes les senteurs restées, une matinée, captives. Je savourerai l’éclat de ses yeux transformés en œil-de tigre lumineux. Alors, je pourrai déguster, sur ses pommettes rondes, l’écho vénitien oublié par les cuivres de la cuisine.
Pour les impromptus littéraires, illustration de
A vos fourneaux!
crédit photo http://sonoriscausa.over-blog.com/article-4698057.html
07 mai 2009
Consigne
Laura a joué le jeu de l'atelier Rabelais:
Le poète
Le poète est l’empereur des mots ;
Paul Claudel n’était pas un sot.
Le poète quitte le groupe
Pour devenir chasseur de phrases.
Chausseur de vers et de rimes,
Il invite au rêve et à la lecture.
Loin des aléas du monde,
Il s’autodiscipline sans cesse
Pour corser la moutarde
Et faire passer l’électricité
De l’art qui scandalise.
Le poète est l’empereur des mots ;
Paul Claudel n’était pas un sot.
21 avril 2009
Un pause, une croche, une reprise, une anicroche et une pause... encore
Les fanes avait lancé un appel sur le thème du lien. Je vous invite à Paris, sous les toits. Je le dédie à Antiblues.
Le texte est en ligne sur les champs de coton à l'adresse: http://champsdecoton.canalblog.com/
et Papistache le 26 devrait lire quelques textes choisis dans mes petites feuilles.
Je reviens bientôt...
28 mars 2009
Défi 53 sur le divan
Cette semaine tout se passe sur un divan.. de psy. Hé non, rien de croustillant. Aujourd'hui, je vous propose ma version pour le défi et demain une autre histoire sur le même thème.
La chambre.
Je me sens mal à l’aise chez ce psy. Je ne les aime pas de manière générale. Leur retenue glacée m’effraie. Il me
demande un moment heureux. Ce ton tranquille me ramène au temps du collège, à cette prof de français détestée. Elle aussi avec la même tranquille assurance. Elle aussi nous demandait de nous dépouiller de notre intimité. Il nous fallait coucher sur le papier – quatre pages minimum - des extraits de nos vies, des sentiments, des impressions. Tout ça pour inscrire une mauvaise note bien en vue, surlignée de rouge, au bas de la copie.
Il répète la question, je ne réponds toujours pas. Je jette un coup d’œil alentour pour prendre contact avec la chambre inconnue. Le canapé est recouvert d’un frais liberty et la fenêtre s’ouvre sur un jardin. J’aperçois les corolles rosées d’un cerisier et un merle qui se balance avant de plonger dans le vide. Sur le mur crème, deux ou trois estampes japonaises et une photographie en noir et blanc, un garçonnet sur le chemin de l’école. Un souvenir agréable ? C’est si simple en fait…
Tu es trop grand maintenant, je vais te couper… Il enfouit sa bouille ronde dans mon cou et s’arrache à mes bras. J’aimerais t’enlever quelques années. Je regarde s’éloigner la silhouette emmitouflé dans ce caban bleu marine qu’une amie a prêté et qui lui va si bien. Un dernier signe de la main avant que la voiture des grands-parents ne disparaisse.
J’attrape l’un des doubles du doudou originel qui traîne dans l’entrée et gravis les escaliers. Sa chambre se trouve à gauche, au bout du couloir. La couette est roulée en boule comme toujours. Je serre contre moi l’oreiller Barbapapa et ne peux m’empêcher de le porter à mon visage. Son odeur d’enfant est restée là, incrustée dans les replis de coton.
Je m’allonge sur le lit en chien de fusil et je ferme les yeux. Je viens de fermer le livre d’images. Les volets sont clos. Nous nous pelotonnons l’un contre l’autre. Je chantonne. Toujours cette même comptine. Les notes se taisent dans le calme de l’après-midi. J’entends son souffle, je compte ses soupirs. Déjà le sommeil m’entraîne dans le paradis accueillant des rêves. Juste une minute et savourer mon tout petit.
Au loin, j’entends une voix étrangère qui me demande à nouveau : un moment heureux ? Je n’ai toujours pas appris à répondre. Et puis, tout se mêle : hier, demain, aujourd’hui. Le désir de la fillette, de la jeune femme. D’une vieille dame au seuil de sa vie aussi, silhouette fragile qui se dessine le long de mes jours. Avec ce besoin inchangé de respirer encore une dernière fois, l’odeur de sommeil de mes brigands. Jusqu’au bout.
07 mars 2009
Dans une heure
Les portes sont ouvertes jusqu'à minuit...
J'y serai, avec mon thermos de café pour le matin
du thé russe l'après-midi
et une bougie pour la nuit,
sans oublier le dictionnaire analogique.
Et vous?
05 mars 2009
Pour les Impromptus
Il paraît…
Il paraît que leur démarche est souple et qu’ils voient à travers la nuit.
Port altier et visage d’anges sombres, la nuit redessine avec amour les contours acérés de leurs mâchoires.
A pas légers, ils s’approchent et soudain, vous sentez une main d’acier qui enserre votre poignet.
Il paraît qu’avant de mourir, vous sentirez leur souffle glacé au creux de votre cou. Ultime caresse avant la mort.
Il n’y aura pas de cri.
Il paraît qu’ils tuent sans faillir, sur les champs de ruines de la Terre. Derniers champions de nos luttes fratricides.
Mais quand ma lame d’acier aura percé vos côtes, que votre sang bouillonnant se mêlera à la poussière et aux ordures, votre regard hagard se posera sur moi.
Vous supplierez, vous pleurerez. Bientôt, vous n’aurez plus de larmes, plus de mots, vous ne serez que souffrances. La nuit se mêlera au jour car il n’y a aura ni ténèbres, ni espoir. Vous attendrez la fin.
De moi, l’on ne se méfie pas.
On dit que beaucoup ne peuvent plus témoigner des Seigneurs de guerre et de la mort brève.
Vous ne serez plus là pour dire cette fin qui vous semblera ne jamais s’achever.
Il paraît que je n'existe pas.
25 février 2009
Fanes de Carottes - une consigne - l'effacement de la tour Eiffel
Pour les fanes, ce texte
Esprits d'hier
J’avais appris à aimer les étoiles à travers sa robe de strass pailletée. J’entendais son rire sonore et grave quand je m’accoudais à la fenêtre tous les soirs pour contempler la dame de fer. J’aimais sa silhouette sobre se détachant des toits de zinc et de la marée mouvante de la ville. Chaque soir, le combat commençait, d’une part le ciel qui s’escrimait à s’assombrir et à vouloir garder sa grisaille charbonneuse, de l’autre une ville où à chaque instant une fenêtre, puis deux, trois… éclairaient les pavés et les façades silencieuses. Et elle, juge impartiale qui drapait le ciel de jais d’étoiles factices. Lutte inégale où les seuls astres qui éclairaient mes yeux étaient ces petites lucioles électriques parsemées par la belle de métal.
Je fermais, au bout d’un temps qui semblait interminable à ses yeux, les volets rouillés et je le rejoignais dans le clic-clac inconfortable. Il riait encore, passant une main dans mes cheveux. Princesse, je n’ai pas besoin de décrocher la lune, ni de t’offrir les étoiles. La tour Eiffel, c’est tout ce qu’il te faut pour rêver. Et je m’endormais.
Je m’appelle Larsen et je dis la bonne aventure. Dans une boutique qui fleure l’encens et d’autres senteurs bleutés : les fils du vent. J’officie dans l’arrière boutique de 2m sur 3m40. Côté ambiance, j’ai vu pire. Tapissée de vrais kilims et de coussins satinés. Quelques vagues croûtes à la manière orientaliste ornementent le local et des pampilles aux facettes colorées. Genre décor des mille et une nuits, tout en toc mais joli. Sur le plafond, des copies scintillantes d’Orion, de la grande Ourse et des Gémeaux me rappellent que la vérité se trouve derrière les apparences. Je peux lire dans la paume d’une main même si la ligne de vie s’effiloche au fil des heurts et malheurs. Carte après carte, je fouille dans les méandres des pensées de la jeune fille aux ongles rongés. De la ménagère dont les yeux rougis sont lourds de mascara et d’eye-liner, ou du cadre à l’apparence FHM et aux secrets version Détective. Je peux évoquer les morts mais je ne le fais qu’à reculons. La plupart sont assez discrets. Mais ma défunte famille, qui s’étend depuis la nuit des temps, a tendance à en rajouter dans le mélo dès que je m’adresse à un de ses condisciples. Déjà que la plupart du temps l’avenir n’est pas rose… les tragédies, j’évite. Ca fait fuir le chaland. Et puis à quoi bon… Evoquer le malheur ne peut faire dévier ni le destin ni le regard sur les jours à venir, c’est à l’instant où il frappe qu’il faut rassembler ses forces. Et rebondir.
D’ailleurs, ils se sont bien gardés de m’en parler. Pas un seul n’a osé la ramener, ces fausses grandes gueules. Pas même cette ordure de Théodore, ultra droitiste, bouffeur de rouges, qui avait envoyé son frère au bagne parce qu’il était anarchiste. Même lui, ce salopard – irrésistible au demeurant -n’a osé m’avertir. Paul est mort, le crabe l’a emporté. Vers la fin, il avait si mal que je n’arrivais pas même à déplier ses doigts. Il était maigre, sa gaité s’était réfugiée dans le fond de ses yeux. Je les revois encore comme ses étoiles minuscules du fin fond du firmament qui, paraît-il, sont déjà mortes.
Quand il m’a quittée, ils étaient tous là, rassemblés en une masse moutonneuse près de la fenêtre grise de la chambre d’hôpital. Certains avaient conservé leurs habits d’époque, ce qui leur conférait un air ridicule. Comment les prendre au sérieux ? J’ai fermé les yeux pour ne plus les voir. Avais-je rêvé que Paul m’avait renouvelé sa promesse ? Je te décrocherai la tour Eiffel, petite, pour te faire encore rêver… avait-il murmuré au cours de cette dernière nuit de veille. Un rêve, un de plus. Illusion.
Les semaines qui suivirent son décès n’ont laissé aucune trace dans mes souvenirs. Perdu dans un autre monde, je fis fureur comme cartomancienne. Le soir, j’essayais de m’endormir malgré mes larmes, entourée de mes deux chats. Je sursautais sans cesse. Car s’il ne se montrait, Paul était là. Je sentais sa présence à la teneur de l’atmosphère, à un imperceptible craquement des plinthes. Il me hantait. Pas seulement lui, je devinais que la famille au grand complet, rodait non loin de là. Beaucoup se plaignent des vivants mais je vous assure que les défunts en sont une version parfois pénible et, de surcroit, éternelle.
J’oubliais même de jeter un regard à ma bien-aimée. Comment avait-il pu me promettre mieux que la lune et me laisser seule et désespérée ? Pour échapper à la pesante atmosphère familiale qui investissait jusqu’à mon lieu de travail, je pris un ou deux jours de congé et me mis à arpenter les cimetières. La compagnie y est nombreuse et, comme je l’espérais, a le mérite de m’être complètement étrangère : ces morts-là ne me harcelaient pas. Au bout de deux jours, j’avais fait le tour des lieux parisiens et m’apprêtais à refaire une petite virée au Père Lachaise. J’avais envie à me mêler à la foule de vivants et d’ombres qui hantaient la tombe d’Allan Kardec. A quelques mètres du mausolée du Maître spirite, je me sentais dans ce pays familier, à mi-chemin entre deux versants de cette réalité qui me pesait. Je dus rebrousser chemin, j’avais oublié que la nuit tombait vite en décembre.
En chemin, mon regard s’accrocha aux décorations de Noël qui clignotaient deçà delà. Les fêtes s’éloignaient déjà, souvenir passé et bruits floutés. Bientôt, seules quelques dizaines de photographies dormiraient à l’abri d’un disque dur, témoins oubliés de l’année défunte. J’étais passé à travers les fêtes comme un zombie. L’univers de l’hôpital, ses douches à l’italienne hygiéniques et mes vaines tentatives d’adoucir les murs uniformes en accrochant quelques cadres me poursuivaient où que j’aille. L’odeur de Bétadine et d’antiseptique me collait à la peau et semblait s’être réfugiée dans tous les replis de mon existence. Je rentrais dans notre appartement en étrangère, m’autorisant un ou deux allers-retours entre kitchenette, salle de bain et clic-clac même pas déplié. Triangles des Bermudes où je me protégeais des ombres qui effleuraient ma chair et mon esprit.
Il était encore trop tôt pour rentrer, je décidais de marcher, de m’autoriser une longue boucle parmi la foule affairée. Je contournai l’église de la Madeleine et laissai les Tuileries sur ma gauche pour atteindre Champs Elysées ; je marchai dans le froid piquant jusqu’au Trocadéro, vaste blessure en flanc de colline. Du haut de l’enfilade des bassins en dormance, je m’accoudai à la balustrade. Dans le crépuscule finissant, le ciel s’offrait à mon regard avec une rareté bouleversante. Envol des cieux dans un kaléidoscope urbain et schizophrène. Je m’assis sur les marches de marbre et je la vis, mon étoile, mon firmament. Une masse d’acier effrayante aux pieds desquels se frottait la Seine. Je comptai les étoiles scintillantes qui la parcouraient en un long frisson électrique, comme si, au lieu de m’endormir, les chiffres magiques que je prononçai, allaient assoupir ma peine. Je fermai les yeux. Il n’était pas loin, son parfum poivré flottait non loin de moi. Je glissai ma main dans ma poche et je sentis un objet pointu. Je vis alors entre mon pouce et mon index une minuscule tour Eiffel. Je levai les yeux, la vraie, celle en dur et en acier avait disparu. J’entendis soudain des rires fuser, c’étaient eux, ces fous... Je tournai ma tête en direction du tohu-bohu, ils étaient tous, là, même ma tante Fabienne, même Théodore. Lui, je le vis soudain apparaître, perdu dans cette multitude de bric et de broc, presque transparent. Il me fit ce petit signe de tête qui lui allait si bien avant de disparaître.
Je sentis briller sous mes doigts le minuscule bijou. Je sus que les larmes qui coulaient sur mes joues avaient l’éclat des étoiles. Il avait décroché mon rêve.
21 février 2009
Alea jacta est
Je suis en retard pour le défi du samedi , vous pouvez donc, pour patienter, aller voir les textes de mes petits camarades.
En attendant, je vous livre en avant première le début de ma participation.
LES COULISSES DU PALAIS
Avertissement au lecteur
"Fin des empereurs romains: morts naturellement 37, assassinés 54, empoisonnés 2, expulsés du trône 6, ayant abdiqué 6, enterré vivant 1, suicidés 5, frappés de la foudre 2, mort inconnues 2."
Nous noterons que le quid 2001 n'indique pas si les empereurs se sont suicidés ou ont été suicidés.
09 février 2009
Note de stage - addendum
Et Tilu....
J'ai oublié de parler de notre rencontre
je me souviens pourquoi...
je n'ai pas oublié ce premier baiser,
souviens toi mon amour comme il était doux.
Tu as oublié?
Je me souviens que tu voulais me le faire croire,
j'avais oublié que tu plaisantes toujours...
Je me souviens de ton regard, la seconde qui suivit
Je n'oublierai jamais son intensité...
je me souviens m'être perdue dedans, depuis
je ne me souviens pas en être ressortie....
Compléter par quelques vers de l'Oursonne
Plonger dans un regard bleu
les marées de ton coeur
être toi...
