Charles Berling - Lipstick Polychrome (Clip officiel) - YouTube

 

ce billet et une chanson Lipstick polychrome

 

 

et de cette photo, j'ai tiré ce texte. Bonne lecture.


L’amour est un phénix

Je l’observe.

Ou plutôt j’observe son reflet dans la glace de la salle de bain. J’ai changé les spots qui coiffaient le grand rectangle argenté, leur préférant une lumière plus apaisée, teintée d’ivoire.

Son visage est immobile, sa peau douce a commencé à se patiner au doré de l’été. J’aimerais passer ma main lentement dans ses boucles épaisses.

Il porte cette chemise rose sombre que je lui ai offerte, un soir, comme ça, sans plus de raison que le fait de l’aimer. J’avais longtemps hésité dans cette boutique milanaise tellement chic, où je m’étais arrêtée par hasard avant de prendre le bus qui m’emporterait vers l’aéroport. Le tissu est un lin parfait, alliant la légèreté à la trame brute du tissu. Côté vêtements, il sort si peu de son ordinaire, pantalon de toile à pinces, chemise claire, un bleu très classique, un beige, un blanc immaculé, à l’extrême limite un polo. Il apprécie les mocassins en daim, les trenchs, parfois un panama à la classe légendaire, acheté là-bas il y a des années.

Le simple fait qu’il porte mon cadeau me touche comme s’il avait accepté non seulement ma tendresse mais aussi ma présence à ses côtés.

Sa trousse de toilette posé sur le lavabo est ouverte. Il y farfouille un instant. Je remarque que ce pli qui naît sur son front lorsqu’il est concentré s’est creusé. Si je pouvais y déposer la caresse d’un baiser. Il a maintenant dans sa main un tube argenté qu’il dévisse délicatement ; il a choisi un rose légèrement orangé. Il se penche vers son double. Ses lèvres frémissent un instant alors qu’il approche le tube de fard.

Avec l’assurance née de l’habitude, avec la mesure de ceux qui affectionnent la perfection, il applique le rouge d’un geste sûr, donnant à sa bouche virile cette once de délicatesse qui donne envie de la mordre. Je ferme les yeux alors qu’il suit la courbe de sa lèvre supérieure. Désirer avant de voir le dessin parfait, la couleur parfaitement brillante et uniforme posée. Au moment où je le regarderai, il me sourira sans me regarder et je lirai dans son regard lointain l’interdiction de l’embrasser à pleine bouche. Un soupir douloureux s’échappera de mes lèvres.

Ce soir, nous nous rendrons à pied dans un petit restaurant brésilien que nous apprécions depuis longtemps. Ensuite nous marcherons le long des quais. Peu de gens se retourneront sur notre couple.

Cela fait si longtemps que les hommes se maquillent maintenant. Ce soir, lorsque l’orage d’été pointera au loin, dans ce lit immense que nous avons choisi, avant de le déshabiller, je rehausserai ses lèvres d’une pointe de rouge orangé avant de les dévorer, elles, et puis son corps et chaque once de sa peau, jusqu’à ce qu’il crie grâce.

Ensuite nous brûlerons ensemble, nous renaîtrons ; l’amour est un phénix.