Demain, j’acquiers une petite maison. Pour moi et pour les fils. En ville. Avec un jardin, suffisamment d’espace et de lumière pour poser mes livres et un bout de vie. Dans le quartier dont j'ai rêvé depuis que je connais l'ancienne capitale de Charles, l'opulente cité des Bituriges.

Je me dis que cela fait trop longtemps que je n’ai pas déménagé. Je le sens au tri des livres que je suis en train de faire. Comme si chaque carton de bouquins des piles entassées dans un coin de ma chambre s’était endormi là. 80 cartons, des vies en fait. Des existences rêvées, adorées, comme autant de strates qui se sont posées entre pensées et divagations.  Un de mes professeurs m’avait dit à 20 ans tu as l’air d’avoir vécu mille vies ; j’en avais lue tant et plus, et j’avais vécu la mienne avec cette intensité décuplée des lecteurs qui font tinter la réalité des jours. L'intensité chevillée à l'âme.

Je quitte le Pain perdu en sachant que je ne le laisserai pas plus que je ne l’ai fait pour certains lieux de mémoire. Il est des endroits qui vous habitent plus que vous ne les avez habités.

Je pars. Je quitte. Je ferme une porte sur un de mes passés mais finalement cela fait tellement de temps que j’attends cela. Cette quiétude, ce ralentissement qui s’est déjà emparé des derniers mois. Que je veux.

Je devrais donc m’occuper de mes cartons et ne pas être là à écrire.

Les cartons attendront.

Je devrais organiser, trier, aplanir. Machiner comme on dit par ici.

Je suis lasse. Lasse des papiers, des listes que je ne fais plus, que j’ai jetées aux orties. Des mois que j'empile des tracas administratifs sans fin.

Bah... Ça se fera, cahin-caha. A la va comme je te pousse.

Si vous me demandez, non je n’ai pas hâte. Je n’ai pas de nostalgie non plus. Ce déchirement a eu lieu il y a… belle lurette

Là je suis en translation. C’est ça, je chemine d’un point à un autre. Et il me semble que le point de départ est aussi intangible que le point d’arrivée. Tant mieux. C'est grisant.

Ma vie est redevenue étrangement pleine, perméable à l’espace qui m’entoure, sa beauté, avec une intensité qui était hier en pointillé, je le sens. Respirer. C’est fou comme ça fait du bien.

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* et pas façon l’horrible - le honni - l'archétype moderne - l'avatar de l'opportunisme - le rejeton de la civilisation du vide, de la consommation et de la communication réduites à leur plus simple impression : mononeuronale, et encore je suis gentille -  le symbole même de la vacuité qui tient haut le pavé - encore plus détestable que celui dont le portrait traîne dans nos mairies. Bref cherchez dans google celui qui en plus - horreur - est élu de Ch'Nord dans une équation du temps que Potter ou Batman lui envieraient. Vous le reconnaîtrait à son sourire faux, à son bégaiement  lorsqu'on le contrarie, à sa peau suante quand il plastronne dans les sunlights de la gloire éphémère qu'il affectionne : cet individu zéro.