Nous aurons été vivants – Laurence Tardieu - Stock

Je savais qu’il me plairait. En allant sur le blog de Antigone, j’aperçois dans le recensement des coups de cœur le livre de Laurence Tardieu chroniqué par Hibou. Puis le billet d’Antigone… Une évidence qu’il fallait l’acheter et le lire. D’autant que quelques matins de semaine me ramènent à chaque fois au bord du temps. Pour ma première lecture du jour, en règle générale, je lis un ou deux ou trois poèmes. Une sorte de petit déjeuner poétique indispensable, dont la nourriture actuelle est à la lisière du temps de Claude Roy. Inusable Claude Roy comme me l’a rappelé une amie très chère.

J’embarque donc en début de semaine dans la lecture du roman de Laurence Tardieu.

J’en ai achevé la lecture mercredi à Paris où je passais 24 h. Je l’ai lu, dévoré, j’ai maltraité et corné les pages, relu des passages, lentement, savouré ce qui était dit. Petite parenthèse de l’expo de Jacquemart André et je replonge. Je le finis au comptoir d’un bistrot parisien en buvant mon café. Dernière page, une larme pointe. Dans le métro, je relis la fin.

De ce livre, j’ai aimé l’histoire ; j’ai apprécié les phrases scandées, les thèmes abordés, le temps surtout le temps, la création, l’amitié entre autres. Un livre en écho, une lecture pleine.

Alors, de savoir que j’allais écouter l’auteure parler de son livre le lendemain, je me réjouissais d’avance. J'arrivai pour trouver une dernière chaise libre dans la salle bondée. Face à nous, entourée de deux lectrices et hôtesses, une femme mince, toute délicate dans son chemisier de dentelle et son gilet de laine ; une bouche rouge brûlant et des mains ourlées du vernis assorti qui s’animent, parlent, s’emportent, se posent. Rires quand on lui dit qu’une de ses phrases parcourt plusieurs pages. Complice, elle la lit avec passion. Les mots si récemment découverts résonnent encore. Et elle parle de son amour d'écrire, de lire ; on ressent l'artisane derrière la génèse de l'oeuvre. Elle sait expliquer sans dévoiler. Suivre ses paroles avec attention, ne pas en perdre une miette. Laurence Tardieu s’est si bien prêtée au jeu des questions, à l'évidence de notre présence.

Et en même temps, me sentir bousculée. Je crois retrouver mes passionnés : ma chère Lucie (et son amour des livres et de la langue) et Colette, chère Colette Nys-Masure. Oui entendre les mêmes paroles soignése, les citations - traces d'autres écrivains en soi, la foi dans l’art, la foi dans la générosité d'autrui. Je devine que je suis au bord des émotions, que bien sûr c'est la fatigue et tant d'autres choses qui les font naître tout comme les souvenirs mais... ce n'est pas que cela, il y a l'évidence d'un échange tangible. Comme dans un livre sauf que, là, c'est "pour de vrai". 

Les mots dits entre nous sur la fin, ce sourire fin et lumineux. Je suis partie en sachant que j’allais pouvoir parler de cela avec une personne chère qui n’avait pu être présente, devant un thé dans un de ces lieux tapis de Bourges. Que je l'écrirai à Colette ; que, dès le matin, je lui promettrai de lui conter à quel point j’avais cru la voir revivre devant moi. J'ai marché avec le souvenir de ma meilleure amie, avec son ombre passionnée et souriante, en voulant croire que, où qu'elle soit dans ce qui est après, elle ait pu percevoir le vibrato qui animait cette rencontre. Je savais également que je prêterai mon livre à mes fils qui s'étonneront de corner les mêmes pages.

Lire est un refuge, lire est un pays qui se partage. Ecrire... 

https://leslecturesduhibou.blogspot.com/2019/02/nous-aurons-ete-vivants.html?fbclid=IwAR3rKzJPnhrcXx1OsXvmZkAi82CNldWr-vMmm6y3Zb0MqHPaCe77sTSbbVQ

https://leslecturesdantigone.wordpress.com/2019/01/02/nous-aurons-ete-vivants-laurence-tardieu/

 

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