Parfois Paris me manque. Encore plus que Lima la grise. Il y a deux choses que je n'ai trouvé nulle part ailleurs, un anonymat tranquille et les banquettes cramoisies des troquets où l'on boit un café, ou l'on boît un verre. Est-ce que, dans mes vraies jours de solitude, dans une ou deux dizaines d'années, je ne retournerai pas au Nord. Peut-être..


Premier jour. C’est un soir. Les garçons, un beaujolais, un Saint-Amour. Les fils, sereins, joyeux, merveilleux fils. Bonheur d’être une mère, encore plus que lorsqu’ils avaient un an, deux ans, sept ans, douze quinze. Grands, doux. Intenses. Différents. Revoir un bout de passé, le saluer en étant heureuse d’avoir quitté les chemins battus. Prendre la ligne D. Passer par Villeneuve-Saint-Georges. Penser aux « Fauves ». Le soir, écouter de la musique, lui presque gamin et moi.

Deuxième jour. Se lever et en ouvrant les rideaux défraîchis et précaires, apercevoir la ville gelée. Maisons type meulière, jardinets, toits blanchis. Sur le rebord des bouteilles de bières dépolis, reste de fêtes, de soirées, de parlotte. Partir jusqu’au Marais dans le sillage des fils et enchaîner les vendeurs de fripes. Se gorger de la ville. Se gorger des enfants, de leurs passions, de leurs bêtises, de leur affection. Le soir siroter une bouteille avec des amis. Les quartiers étincelants à nos côtés. Soupeser l’époque et ses emportements, réchauffer l’espoir à notre amitié. Et rire de cette pub désuète usb-wine.

Troisième jour. Ecrire. Silence des dimanches que l’on finit par désirer, plus vieux. Le froid piquette ma peau. Rejoindre une amie, discuter et puis, parce qu'il insiste en souriant comme lorsqu'il était petit, aller à Montmartre, grimper les escaliers abrupts. Des peintres anciens toujours neufs. La guerre, la Commune, tout un pan d’histoire sous les jolies villas. Trouver une librairie merveilleuse. Rentrer, revoir les amis, rire ; le temps a peut-être passé mais il n’est pas vraiment là. Il ne pèse pas, il n’existe pas.

Quatrième jour. Une lune dévorée avant l’éclipse promise. Plus tard, observer le brouillard qui écrase la ville. La croquer en noir et blanc, presque duveteuse. Partir, les sacs à la main. Voir l’une, voir les autres. Surprendre de beaux visages, charme de la peau porcelaine, de l’abandon d’une fille aux larges hanches, et si éclatante dans ce métro, de la masculinité de cette fille en combinaison de travail près de Jussieu . Dans ce café on sert de la Chouffe. Métro en panne. Chemins parallèles. Marcher. Voler ces mots « Tu sais que demain il neige ? » 

 21 janvier 2019 - Convention

CHABOUTE - les chats dans la ville de Paris

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur - Chabouté - https://www.danielmaghen.com/fr/christophe-chaboute_d862.htm