Je marche dans la cour blanche. Demain le froid, aujourd’hui encore l’automne, les arbres vivants, le ciel bleu et des roses accrochées par grappes. C’est presque le même bonheur, une photographie un peu décalée d’hier. L'un des grands peint dans son atelier de fortune des blancs, des ombres et des silences. Le dernier, le petit, vaque, il range, il prépare : un ami va venir. Je remise les tables et les chaises d’été. La coupe de la batteuse accompagnée de ses ombres menaçantes repose à deux pas. Le grand traverse la large cour blanche de son long pas tranquille. Nous juchons les volets de bois bleus sur les tréteaux. Les poncer, les peindre quand le temps sera propice. Ou alors demain.

Je me retourne. Tout semble identique, j’ai juste changé. Un peu de temps s’est posé sur moi. Mon visage a pris ses quartiers d’automne, une légère nostalgie, à défaut de tristesse. Une envie de lenteur surtout ; le compte à rebours frappe toujours ses six coups.

Quelque part la présence de mon père. Peut-être. Trois oiseaux batifolent au-dessus du barbecue installé dans la mangeoire en métal. Il a plu cette nuit, il pleuvra à nouveau. La vie reprend.