Rue d'Aboukir

La pluie se mit à tomber. Une pluie fine, glacée, qui rappelait l’hiver. John releva le col de son imper, ajusta son chapeau. Une goutte têtue se perdit contre la peau de son cou ; il frissonna. Une soudaine odeur de terre mouillée venant des jardins envahit la rue d’Aboukir. La terre était si sèche ; il ne pleuvait pas depuis des semaines. John tendit l’oreille. Le silence avait disparu, remplacé par le son des gouttes qui tapaient sur le toit en zinc. La mission s’annonçait plus compliquée qu’il ne l’avait prévu. Est-ce que la pluie, et l’orage qui grondait au loin, allaient modifier les plans de la petite bande. Jean imaginait sans peine le petit groupe réfugié dans l’arrière-salle de ce magasin de matériel électrique désaffecté. Déguisement et armes à porté de mains.

Oui la nuit allait être longue. Une veillée sombre où il lui allait être difficile d’apercevoir l’ombre d’un chat. A l'abri sous l’appentis où il avait démarré sa planque, John alluma une cigarette. La douceur amère du tabac se mêla au whisky qu’il avait avalé avant de partir.

Il jeta un coup d’œil à sa montre. Un éclair déchira la nuit ; l’orage n’allait pas tarder à être là. « Encore une heure et je me barre. » grogna-t-il. Les lampadaires s’éteignirent. Il écrasa son mégot quand soudain une lumière s’alluma dans le garage.