Je parlais, il y a peu, des coïncidences de lectures. Là, il s’agit d’une coïncidence d’écriture. Dans mes divers projets parallèles, je travaille sur une nouvelle de la série « conte de l’enfance et après » intitulée 4 murs.

Et en lisant le début d’un roman d’une auteur dont j’avais vraiment apprécié l’un des précédents recueils, j’ai trouvé un écho entre nos deux textes ; deux univers qui se croisent le teps 'un paragraphe et s’éloignent.

« Depuis la fenêtre de la cuisine, je regarde la cour, ou tout du moins son souvenir. Plus de traces de cette symphonie d’éclosions parfaitement maîtrisée que j’ai connue autrefois. Plus de traces de ces fleurs aux noms compliqués et dont je me souviens parce que ces noms, enfant, m’avaient paru mystérieux : cosmos ; hémérocalle, lysimaque, échinacée. Je suis persuadée que pourrais encore reconnaître chacune d’entre elles. Les jeux de devinettes de ma mère m’ont marqué. Petit garçon, je voulais tellement maîtriser ce jardin-là. Zinnia, achillée... Et mon imagination parfois débordait. J’ai longtemps cherché les pieds-d’alouette comme on cherche les pattes d’un oiseau mort, dans le royaume végétal couché contre la maison »

Les questions orphelines de Morgan Le Thiec – Pleine Lune

Et l’extrait de 4 murs :

« Alors on attend l’agence ? » Son frère a haussé les épaules et a disparu au coin de la maison. Elle a levé les yeux vers son toit d’ardoises et l’a trouvée basse. Elle semblait cependant bien entretenue, emmitouflée dans le vert tendre et les roses duveteuses qui grimpaient sur la façade. Le jardin avait profité depuis la mort de son père. Quinze jours à peine et l’herbe formait déjà une couche épaisse d’où émergeaient des calices jaunes et blancs. Boutons d’or, pâquerettes, quelques pissenlits qui avaient échappé à la vigilance du vieux jardinier de 84 ans. Une frange de corbeilles d’argent et d’autres spécimens dont elle avait sans doute dû apprendre le nom, petite, et qu’elle s’était empressée d’oublier. Anaëlle n’imaginait pas qu’il eût pu délaisser son royaume plus d’une matinée. Elle devinait la silhouette mince, voutée, penchée vers les fragiles corolles, leur chuchotant quelques secrets ou fredonnant au vent une mélodie dérobée au hasard de ses pensées. Instinctivement, elle posa la main sur la façade usée. Les volets amande ne donnaient aucune idée de l’intérieur, lumière, espace. Les murs gardaient sans doute la trace des derniers jours qu’il avait passés ici. Pour savoir, il allait leur falloir entrer. »

 

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Et les questions orphelines sont un magnifique roman, poétique, émouvant, d’une densité si juste. Il n’a pas quitté mon bureau, car je sais que je le relirai, ce qui ne m’arrive pas si souvent, ni aussi vite, pour à nouveau savourer les passages qui sonnent avec autant de finesse. Une critique ici http://larecrue.net/2015/05/les-questions-orphelines/