Saviez-vous que les hommes qui bavent ne mordent pas ? En tout cas, cette maxime méconnue va rythmer un duo endiablé entre les blogs presquevoix et celui des heures de coton.

Il vous suffit d'un clic pour pouvoir lire mon texte intitulé No pasarán

Il vous suffit de lire un peu plus loin pour faire connaissance avec Romuald, une rencontre orchestrée par Gballand.


Romuald - Gballand 

L’expérience lui avait prouvé qu’« un homme qui bave ne mord pas » et Romuald était de cette espèce, c’est tout au moins ce qu’elle voulut croire.

Elle l’avait rencontré dans un petit bal de province. Il était si emprunté, qu’aucune des femmes présentes n’avait accepté son invitation à danser. Aucune, sauf elle. Les cas désespérés l’émouvaient.

En valsant dans ses bras, elle avait remarqué qu’un petit filet de bave coulait à la commissure de ses lèvres. « L’émotion », lui avait-il dit en surprenant son regard. Ce détail lui sembla si touchant qu’elle l’invita chez elle.

Romuald était représentant en chaussures chez Toutcuir ; un représentant raté pour un négoce en perte de vitesse, avait-il résumé.

-          Pourquoi les chaussures ? Lui avait-elle demandé.

-          Les chaussures sont le reflet de l’âme.

Lui revinrent en mémoire les chaussures de Romuald, plus qu’usées, mais elle ne fit aucun commentaire.

Romuald était un perdant magnifique. Son parcours de vie – raconté en long et en large dans l’intimité des draps blancs -  aurait déprimé n’importe qui. Mais lui ne semblait pas en être affecté. C’était son destin et il l’acceptait sagement.

Le mois qui suivit leur rencontre, elle le transforma des pieds à la tête. Ses chaussures, ses chaussettes, ses slips, ses chemises, ses pantalons et ses vestes furent remisés à la cave. Mais quand elle voulut changer sa coiffure, il refusa net. À bout d’arguments, elle lui dit.

-          Je renonce.

-          Merci, répondit Romuald.

-          Tu préfères que je te quitte ?

-          Je ne sais pas… peut-être, dit-il d’un ton las.

Romuald retrouva ses chaussures avachies, ses chaussettes trouées, ses slips XXL, ses vieilles chemises à carreaux, mais il garda le dernier complet qu’elle lui avait acheté.

« En souvenir de toi, ma chérie. » murmura-t-il en  suspendant le costume à la tringle de sa penderie. Ensuite, il s’affala en travers du lit et soupira, satisfait : « Enfin seul ! ».