Nous sommes passés à l'heure d'été et donc sur cette citation Il était allé voir des montres et avait perdu la notion du temps*, vous trouverez

le texte de Gballand : la montre, juste après.

le texte de Caro : l'adéquation sur ce lien http://presquevoix.canalblog.com/

 

Bonne lecture !!!


 

La montre - Gballand

Il était allé voir des montres et avait perdu la notion du temps*. Il pouvait être fier, lui qui avait passé son enfance dans une famille où chaque minute était comptée et chaque retard reproché.

Le magasin qu’elle lui avait conseillé se situait dans le quartier des  antiquaires, une rue étroite où chaque boutique reflétait le luxe des belles choses au parfum suranné.

Il n’avait d’abord pas vu le vendeur, caché derrière le comptoir.

-          Vous désirez ? Demanda celui-ci.

Sa voix lui était familière, mais son visage, que des cicatrices déformaient affreusement, lui était inconnu.

-          Une montre, simple et distinguée à la fois, pour une femme.

Le vendeur lui posa alors une étrange question.

-          Et comment s’appelle-t-elle ?

-          Dois-je vraiment vous donner son nom ?

-          Je ne peux pas vous obliger, mais à chaque prénom et chaque personnalité, une montre différente.

-          Emma.

Le vendeur sembla troublé, mais il partit aussitôt vers une vitrine d’où il retira quelques montres qui y étaient exposées.

-          Voici ce que je vous proposerais pour Emma, dit-il comme s’il la connaissait depuis toujours.

Il regarda attentivement les cinq montres et dut convenir que le vendeur avait bon goût. Toutes les cinq étaient faites pour Emma.

-          Et vous, que lui offririez-vous ? Se surprit-il à lui demander.

-          Tout dépend de vos relations.

-          Nous nous aimons.

-          Eh bien celle-ci ! dit-il sans hésitation en désignant une élégante montre en argent au design original.

-          Parfait, acquiesça le jeune homme, c’est exactement celle que j’aurais choisie.

Le vendeur eut un sourire forcé et mit la montre dans son étui. Alors que le jeune homme sortait son porte-monnaie, le vendeur ajouta.

-          Vous savez, ce qu’elle a oublié, ne m’a jamais oublié.

-          Vous connaissez Emma ? s’enquit-il

-          Je vais vous donner un indice : juillet 2013, les coups de téléphone.

Tout lui revint alors en mémoire. Les dizaines de coups de téléphone reçus afin de lui dire qu’Emma n’était pas faite pour lui.

-          C’est elle qui vous a donné le nom de la boutique, n’est-ce pas ? Je me demande bien pourquoi. A votre place je me méfierais. Emma est très… impulsive. Vous avez vu ça ? fit-il en montrant son visage. Eh bien c’est elle ! Une vengeance au goût plutôt acide.

Puis il retourna à son rôle de vendeur, lui tendit son ticket de caisse, lui parla de la garantie et lui souhaita une bonne journée, comme si de rien n’était.

Une fois sorti de la boutique, il constata, étonné, que l’aspect de la rue avait changé. Elle lui semblait plus inquiétante, sans qu’il ne sût dire pourquoi. Aussitôt, il repensa à Emma, si douce, si loin du portrait qu’on venait de lui brosser, et il se demanda quelle part de vérité accorder aux propos du vendeur…

 

 

*Citation d’un roman de Bulbul Sharma