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Le 4e genre littéraire, expression récupérée sur la couverture d’une anthologie espagnole du « microrrelato », le microrécit… J’ai donc fini deux recueils de nouvelles. L’un avait rejoint ma PAL à Noël, l’autre m’attendait sagement rangé dans une étagère.

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Un vernis de culture – France Boisvert – Les éditions de la Grenouillère.

Le titre est engageant. Et c’est vrai qu’elle égratigne France Boisvert le joli vernis qui recouvre nos habitudes, nos manies. Et c’est méchant, pas de happy end, éventuellement une bonne dose de dérision. L’auteur nous dévoile sans y toucher ses personnages.Peu de  phrases mais leur neutralité est cinglante. C’est ce qui rend ce recueil déstabilisant, pas moyen de s’attacher. Les chutes sont parfois mortelles, cruelles souvent.

Il y a aussi sa langue, calibrée, efficace, sans temps mort et qui nous amène là où nous ne nous attendions pas à finir. Pas de faiblesse dans la plume, qualificatifs sûrs et bien choisis. De la belle ouvrage, qui ose, qui dérange, qui utilise avec bonheur le tempo très soutenu de l’écriture courte.

 « Après trente ans de loyaux services, Ted Van Ward décida d’accorder une petite hausse salariale à sa vaillante secrétaire. Elle l’obtint sous forme d’un montant forfaitaire rétroactif annexé à son indemnité de congé. Sans émotion, Marina Monacello alla à la banque déposer son pécule en se demandant comment le faire fructifier. Son patron décida aussi de la récompenser pour toutes ces années de dur labeur en l’invitant au restaurant. … Il savait qu’elle était d’origine italienne ; alors il pensa au Roberto’s. Il l’y convia pour son cinquantième anniversaire qui tombait le lundi suivant. Il expliqua l’affaire à sa femme qui lui dit Go ahead !, trop contente d’avoir pour elle seule la télé, le soir même d’une téléréalité qui la passionnait .»

Bonne pioche !


Bref, ils ont besoin d’un orthophoniste ! – Gaëlle Pingault – Quadrature.

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Des petites histoires qui se succèdent et qui racontent quelques minutes volées à Oscar, Marie, Léo… où l’on entrevoit au-delà d’une aphasie, un AVC, une dyspraxie, un bégaiement, le désarroi, les conséquences dans la vie quotidienne, dans le rapport aux autres. Beaucoup de délicatesse dans ces scènes de vie, d’empathie envers une réalité qui nous est souvent étrangère. Et cette solution qui saute aux yeux de l’auteur, orthophoniste ! 

Entre ces tableaux, un fil rouge, deux destins qui se croisent. J’avoue qu’au début, cette histoire qui part et revient m’a déroutée. M’emmêlant dans les prénoms, j'ai dû attendre  avant de me repérer dans l’histoire de ces deux femmes, Élisa et Laure.

Une écriture limpide, un style certain. Je me suis particulièrement laissée charmée par les brefs récits remplis d’humanité. En fermant ce recueil, j’ai eu envie de lire les deux autres livres de l’auteur et de mieux connaître cet éditeur belge qui publie quatre recueils de nouvelles par an.

« Demain je pars à la mer. Seule. Je ne l’ai pas dit à Yvan.

Mer : Étendue naturelle aqueuse sauvage, qui se fout de votre humeur et de votre apparence, en trois lettres. Je ne suis pas persuadée qu’elle pourra grand-chose pour moi. Mais c’est le seul truc qui me fasse envie. »

Bonne pioche aussi et un auteur à suivre.