La petite fille qui vivait dans un ballon.
Suite à ce message sur Nina qui vivait dans un violoncelle http://presquevoix.canalblog.com/archives/2013/02/01/26296861.html est né Nena... Merci Pastelle
Je l’ai découverte, un après-midi pluvieux, au beau milieu de mes fraisiers. Nena. Elle portait sur elle toutes les couleurs de l’arc-en-ciel : jaune, vert, avec des trainées de boue, un short bleu ciel et d’improbables chaussettes montantes.
- J’ai perdu mon ballon.
Je n’ajoutai pas qu’elle avait aussi fait une razzia sur mes maras des bois. Ses joues rondes étaient maculées du jus de ses victimes
- Tu as goûté ?
Elle secoua la tête et me suivit en traînant les pieds dans la cuisine. Elle dévora une épaisse tartine beurrée et je lui servis une tasse de chocolat.
- C’est toi qui écoutes cette musique ?
Je lui expliquai que Charlie, mon mari, adorait le jazz. Moi ? Non. Mais ça ne me dérangeait pas. Je préférais mettre en route mon poste et écouter n’importe quelle radio.
- Il y a une balançoire au fond du jardin ?
Un silence
- Et une cabane aussi. Je l’ai vue.
- Oui. C’était à mes enfants mais ils habitent loin maintenant et sont bien trop grands.
- Loin comment ?
- Glasgow et Lausanne.
A sa mine étonnée, je compris qu’elle ne savait pas où étaient ces villes. C’était un petit bout de huit ans après tout. Peut-être neuf. J’apportais un atlas. Son regard brilla aussitôt.
Nena. Elle revint tous les jours. Assise sur la balançoire ou se réfugiant dans la cabane. Elle ouvrait les livres de géographie qui envahissaient la maison, inventait des symphonies baroques sur le vieux piano. Parfois secrète, parfois diable mais toujours avec ce ballon qu’elle ne quittait pas.
Je ne vis qu’une fois sa mère, une femme sèche qui se présenta en deux mots. Elle était prof de sports. Je la complimentai sur sa fille, sur ses talents de footballeuse. Sa main enserra l’épaule de la petite comme une serre. « Nena, sportive ? On a essayé de lui faire pratique du sport pas un jeu de cirque moderne ! Mais mettez-la sur un vélo et… » Elle haussa les épaules, marmonna un vague au revoir et tira sa fille avec elle. J’attrapai au vol la larme qui pointait dans les deux billes noires d’ordinaire si malicieuses.
Elle revint. Je lui montrais les framboisiers blancs que j’avais plantés pour elle. Il faisait doux et nous nous installâmes sur un plaid. J’avais dans mes mains un album de photographies des quatre coins de la planète : fjord, désert, montagnes éternelles. L’enfant s’abima dans les pages intemporelles. Quand elle referma le livre, elle murmura « Je hais le sport. » Je L’embrassais sur les cheveux. Elle se blottit tout contre moi, sa menotte caressait l’océan qui ornait la couverture.
- Nena. Il est pour toi ce livre. Je te le garde.
Nous restâmes encore un long moment serrées l’une contre l’autre. Elle se leva brusquement, lança le ballon en l’air et d’un coup de tête précise le renvoya chez elle. Elle se retourna pour me faire un signe de la main et grimpa sur le mur mitoyen. Un saut, elle avait disparu.
Nena… je reçois d’elle des cartes postales du monde entier ; ses parents ont déménagé depuis longtemps dans une autre ville. Mais elle se pose de temps en temps chez moi, dévore les cassis ou les pêches comme la première fois où je l’ai rencontrée et se serre contre moi pendant que nous feuilletons un livre qui court le monde, un des mondes de Nena, la petite photographe.
Commentaires sur La petite fille qui vivait dans un ballon.
Je suis toujours touchée par tes mots et les atmosphères que tu développes dans tes histoires. De la finesse, du rêve, de l'ailleurs enfin beaucoup d'émotion.











Une chose est sure, le courant passe très bien entre elles et toi