journal d'avant la fin du monde
Le sommeil attendra…
Mercredi 6 h. Ce sera bientôt la fin du monde, en tout cas dans moins de trois jours. Dehors une nuit d’encre et notre chien qui aboie. Dans l’absurdité et la frénésie ambiante, le plus absurde semble être que le monde s’achève sans que je puisse dormir et me reposer, que je ne trouve pas, ni demain, ni après-demain un matin qui s’étire, ni ces heures languissantes que l’on prolonge par quelques pages d’un livre ou par un songe éveillé.
Fin du monde peut-être. En attendant, je secoue ce corps rétif. Se lever, réveiller les enfants, reprendre le rythme, collège, activités ; dernier mercredi avant Noël, jour de concerts pour nous quatre. Ne pas oublier les partitions, caler les instruments dans le coffre, accrocher les chemises blanches. Le grand me pique mes converse, c’est plus chic. Le petit enfile son jean sombre. J’attache mes cheveux. Ne pas oublier, à 9 h 30, s’occuper des petites percussions, déposer l’un pour les derniers contrôles ou un cours, aller chercher l’autre, charger, décharger, trouver où se garer. Même si la fin du monde approche, juste après, arrive Noël et tout un chacun prévoit présents et agapes.
15 h 25. En grimpant la côte, je tiens la main de mon plus jeune. De l’autre, je porte son instrument, mon sac de baguettes. La fatigue aussi. Ne pas penser qu’il sera plus difficile de rester concentrée, compter les mesures, quarante, soixante-dix, rester sensible aux repères, trois temps, quatre temps, un ralenti, un point d’orgue, compter encore. Guetter l’arrivée du roulement solo, frapper en mesure sur ce passage au ralenti, me préparer dès le départ des trompettes. Changer de note la timbale 2, toujours compter. Faire rebondir les baguettes, ne pas écraser le son, de la régularité. Et là, anticiper, assouplir le poignet pour l’entame du roulement. Bien accorder mes baquets, où diable sont passées les claves !
15 h 50. J’aperçois fils n° 2 qui observe le public, sa flûte à la main, perdu au milieu des pupitres. Le petit a rejoint l’armada des cuivres, section cornistes. La petite harmonie démarre puis le brass band puis ce sera la deuxième harmonie. Maintenant tout va aller si vite. Le morceau commun, applaudissement, on remballe. Des heures de travail, d’angoisse, de questionnements et enfin… quelques morceaux de musique. À nouveau, courir là-bas, charger, décharger, déposer, récupérer l’autre, passer prendre un sac oublié. Au feu rouge, repenser à ce morceau de Telemann joué par l’orchestre de guitares en début d’après-midi. Le soir, s’écrouler tous de fatigue.
Jeudi 6 h. Plus que deux jours avant la fin du monde, le sommeil attend toujours. Il attendra jusqu’à samedi où je rêverai dormir deux nuits. Le matin s’étirera dans la chaleur des pages d’un livre. Soudain je serai seule. Je prendrai sur la pile de cd, des suites de Bach pour violoncelle interprétées à l’alto qu’une amie chère m’a offert et glisserai l’album dans l’ordinateur. Et le jour m’offrira, non pas la fin du monde mais un instant de grâce.
Commentaires sur journal d'avant la fin du monde
- voici le lien (puisque ce blog ne semble pas accepter les balises "étrangères") :
http://dai.ly/TgHHGq - Ton post me fait penser à "Soleil vert" un film qui m'a vraiment fait flippée... revue en boucle au moins 10 fois dans le temps, je pourrais presque réciter le pitch!!
Moi je kiferais mourir en musique... alors une requête: Puis-je venir chez toi finir mes jours ah ah ne répond pas de suite j'ai tout mon temps!!!
Now parlons sérieusement: Si tu savais comme je t'envie toi et ta musicienne de famille!! j'aurais tellement aimé jouer du piano!! mais que d'une main... la gauche étant allergique aux accords LOL Bisouille de Nice et bonne fête de l'an 2013














Un bon Noël chez vous ! et des bisous