Je regarde ses doigts courir sur les cordes, il hésite, cherche, retravaille. Avec cette force qui fait danser une ligne hésitante. La guitare se tient maintenant droite près du pupitre, adossée au mur. Je remarque une cicatrice en bas à droite dans le bois tendre, à peine perceptible.

Il est tard, il est nuit. Je me moque en lui disant qu’il doit étudier le chinois en douce, alors qu’il parle d’un jeu électronique au nom inconnu et barbare. Nous évoquons un ami d’enfance, de primaire qui viendrait pendant les vacances. Il se saisit du téléphone, puis opte pour un message Facebook. « C’est plus sûr. »

J’observe sa mèche, sa moue renfrognée. Les émotions qu’il cache à la lisière. Les filles, il les aime bien, mais il garde sa bande de potes et les joues rondes de l’enfance. Marque de fabrique, de famille, ici ou à San Francisco, à Lima ou à Milan : identique, déclinée. Notre même regard noir.

Il m’embrasse brusquement. Comme il m’embrassait à trois ans. Maladroit dans ce tissu d’émotions qui compriment ses gestes. Il est grand pourtant, bientôt 14 ans. Et je mesure dans cet avenir qu’il projette, sans paillettes, mais avec des copains, un groupe de rock, un boulot, beaucoup de musique, que dans un an, dans six mois, demain, il sera bien trop adulte, trop loin.

Et son père et moi, nous resterons là, sur le pas de la porte à le voir partir et revenir, lui, son frère, jusqu’à ce que le dernier nous quitte. Minutes fuyantes comme le sable qui glisse entre nos doigts, caresse chaude que l’on désirerait sans fin.