En lisant ce texte sur le blog de Papistache, dont je salue le retour avec plaisir, j'ai pensé à tous ces poèmes, frôlant l'absurde, drôles, légers au premier abord et qui soudain se font plus acérés. René de Obaldia fait partie  de ceux qui ont su les écrire avec humour et finesse. On peut voir toute la délicatesse et l'intelligence de ce poète dans cette courte interview sur web-tv-culture ou celle-ci publiée dans le Figaro.

Et quand il parle du regard du poète...

 

Alors pour vous, quelques vers fabriqués avec trois minutes errantes, un cadran solaire et en ôtant l'accent anglais :

 

Querelle de clochers

 

Une, deux, trois minutes, errent, désemparées.

Dans le village, on les dit évadées

Nuitamment du cadran solaire

De Saint-Hilaire-sur-Erre.

 

Une, puis deux, puis trois fois

Soixante secondes, ça fait, ma foi,

Un sacré retard causant pas british

Très éloigné du méridien de Greenwich

 

Une, deux, soit trois morceaux de temps

Volés, dérobés  à la barbe des passants

Le nez piqué dans leurs souliers

Et toujours bien trop pressés.

 

Trois minutes se dorant au soleil…

Mais voyons ! Une aubaine pareille,

L’enfant, le poète, l’amoureux transi

Sans hésiter s’en sont saisi.

 

L’enfant, lui, lance un avion en papier

A trois pouces du méridien anglais, à côté

D’une belle-de jour que l’amoureux embrasse,

D’une belle-de-nuit que le poète enlace…

 

Trois minutes égarées vous disiez

Entre Saint Hilaire et les anglais.

Ces trois minutes égarées, je vous dirai

Qu’elles valent un instant d’éternité.