Nous venons d'achever une lecture d'Aragon. Découvrir des textes, se laisser emporter par le ciselé d'une phrase. Toute une semaine en poésie (cf le programme).

J'avais choisi ce poème extrait du recueil le Crève-coeur.

                      Matisse parle

Je défais dans mes mains toutes les chevelures
Le jour a les couleurs que lui donnent mes mainsfemmeenbleu
Tout ce qu'enfle un soupir dans ma chambre est voilure
Et le rève durable est mon regard demain

Toute fleur d'être nue est semblable aux captives
Qui font trembler les doigts par leur seule beauté
J'attends je vois je songe et le ciel qui dérive
Est simple devant moi comme une robe ôtée

J'explique sans les mots le pas qui fait la ronde
J'explique le pied nu qu'a le vent effacé
J'explique sans mystère un moment de ce monde
J'explique le soleil sur l'épaule pensée

J'explique un dessin noir à la fenêtre ouverte
J'explique les oiseaux les arbres les saisons
J'explique le bonheur muet des plantes vertes
J'explique le silence habité des maisons

J'explique infiniment l'ombre et la transparence
J'explique le toucher des femmes leur éclat
J'explique un firmament d'objets par différence
J'explique les rapports des choses que voilà

J'explique le parfum des formes passagères
J'explique ce qui fait chanter le papier blanc
J'explique ce qui fait qu'une feuille est légère
Et les branches qui sont des bras un peu plus lents

Je rends à la lumière un tribut de justice
Immobile au milieu des malheurs de ce temps
Je peins l'espoir des yeux afin qu'henry Matisse
Témoigne à l'avenir ce que l'homme en attend.

et en cherchant une lecture de ce poème, j'ai trouvé cet étrange document INA où Godard évoque Aragon et Matisse. La seule vidéo sur youtube sur Matisse parle est, à mon oreille, un objet poétique et musical non identifié.