Suite de l'atelier d'écriture. Lors de la pause n° 2, j'avais évoqué deux haïkus qui s'intégreraient dans une nouvelle.

Le thème : la jalousie.

En exergue, cette citation : " Comme jaloux, je souffre quatre fois : parce que je suis jaloux, parce que je me reproche de l'être, parce que je crains que ma jalousie ne blesse l'autre, parce que je me laisse assujettir à une banalité : je souffre d'être exclu, d'être agressif, d'être fou et d'être commun." R. Barthes, Fragments d'un discours amoureux, Paris, éd. du Seuil, 1977, p. 173.


J'ai été jalouse, parfois, enfant. Exclusif serait un terme plus juste. J'ai eu besoin de temps pour dépasser l'idée d'un lien unique rassurant, ces failles sensibles qui me faisaient trembler dès que je croyais décevoir l'autre. L'amitié s'est faite multiple, l'amour apaisé. Alors évoquer la jalousie... il me fallait aller vers la fiction, pure et dure.

Revenons à nos haïkus, les voilà inclus dans deux fragments de textes :

" La grille d’entrée est restée ouverte sur la rue. Quelques mètres à parcourir. Il passe devant le tulipier qui lève vers le ciel ses bras nus. Un merle rit. Quand il sortira de son prochain et dernier cours, il fera encore jour. Enchaîner sur la répétition. Il aura juste le temps de grignoter un sandwich au comptoir de l’Horloge, en relisant ses notes. La section des trompettes est décidément trop brouillonne dans le deuxième nocturne de Debussy. Et il lui faudra songer à écouter plus attentivement des deuxièmes clarinettes étrangement évanescentes. Une femme le croise. C’est la mère de la fillette. Une femme très brune qui lui rappelle Ava. "

" François Lambert jette un coup d’œil à sa montre. 17 h 14. Une dizaine de minutes pour rejoindre sa voiture puisqu’il suffit de longer le canal. Il aurait même le temps pour quelques coups de téléphone. Tiens une péniche ! Une des rares fois où il en avait aperçue une, c’était lors de cette nuit effroyable. Les températures étaient si basses que les rues étaient désertes. Il avait observé pendant un long moment le canal gelé et sa passagère, la Tempérance. Elle semblait si fragile, sa coque prisonnière de l’étreinte de glace."

Nota bene : cette nouvelle fait cinq pages, si vous voulez la lire, je vous envoie le document sous forme pdf.