Si une horloge était accrochée au mur gris de la cuisine… j’observerais les aiguilles ralentir jusqu’à cet équilibre insensé : le temps s’immobilise.

La maison s’est ouverte au jour, l’enfant babille au milieu de ses jeux. Les grands bavardent sans éclat de voix. Le chat a disparu dès le matin dans les champs encore jaunis par l’hiver. Je regarde les feuilles rondes et fripées. « Le colza, il repartira ! » a-t-il assuré un peu trop fort. Je l’espère. Entendre à nouveau le tracteur repartir au champ. Il faut semer une nouvelle fois l’orge. En février, aucune pellicule de neige n’a protégé les terres, le gel a creusé sans relâche.

J’irai libérer les vieilles granges de la pénombre, laisser le soleil sécher leurs murs de pierre, vérifier les jeunes rosiers. Espérer que les vivaces ont su lutter, mes vaillantes.

J’attendrai pour apercevoir les oiseaux cachés sous les tuiles bruissantes de chant et de sifflements tapageurs.cosmos Ensuite, il me faudra penser à commander ces cosmos chocolat. Cet été, leur robe rouge sombre s’alliera aux alliums, aux feuillages cuivrés des hellébores et des heuchères, au carex délicat, à l’incarnat des roses.

Fermer les yeux et aller à la rencontre de cette heure fugitive. Relire en silence le lac de Lamartine. Garder dans ma paume fermée, ces instants sans pareil, paisibles ou emportés, et les entendre soupirer à nouveau. Avoir aimé… aimer encore.