Le grand blanc


De la salle de bains à la cuisine, le tilt du micro-ondes et le reste de café que l’on réchauffera parce que pas envie de faire bouillir l’eau. Ajuster avec délicatesse les mesures exactes, non pas plus envie. C’est un jour où tout semble pouvoir partir en vrille ; le givre a enveloppé dans la nuit la voiture, la terrasse glisse sous mes pas.


Le premier trajet ne me réveille pas, les phares m’agressent, je ne vois pas même le petit jour. Je roule, la lassitude ne s’en va pas. Je vais voguer d’allers en retour,s de sacs en oublis, de repas, de paperasses, de repas vite pris. Mes paupières se ferment obstinément malgré le rythme saccadé d’un mercredi ordinaire. Je tuerai pour m’allonger une minute, deux minutes, dix, une demi-heure. Oui, je tuerai le temps juste pour m’enfoncer quelque part où plus rien ne pèse.


Je ne discerne même plus les détails qui me cernent, une idée vient et s’évanouit. Mes pensées sont vides. Même la brume. Je l’observe et puis je l’oublie, tout comme l’orangé qui se pose sur le liseré d’une allée de platanes. Je sais que tout est poésie, pourtant aujourd’hui, elle m’échappe. Je ne rencontre que le contour normal de la ville et d’un matin. Je remarque même le regard insistant de cet homme, puis de cet autre. Démarrer, attendre, la fatigue toujours, qui s’accroche. Vouloir dormir, être une pierre qui s’enfonce dans le jour et s’endort.
Je suis lasse, tellement lasse…

Les mots me fuient.