the snowJ’attends la neige… Le ciel oscille entre un bleu tranchant et des gris délavés. Parfois, je surprends même un jour sombre, à la limite de la dépression. Pourtant, aucune gelée ne pose son vernis sur la frange de la nuit, l’air immobile ne pique pas la peau. Je me fraie un chemin parmi des arbres dont le feuillage encore vert se mêle à quelques feuilles rousses qui s'envolent. Trop de douceur encore…

J’espère la neige, moi qui n’aime que la brûlure d’un sable d’été et l'accueil des eaux transparentes. La neige... Son chant feutré qui efface le bois dépouillé et vallonne le regard. Elle épouse sans parti pris les colzas vernissés et le blé naissant, arasant le superflu des plaines. J’espère, alors que la douceur ne quitte ni le petit matin ni aucune heure. J’espère l’heure blanche.

Je guette son souffle immaculé. La neige. À la fenêtre, écouter une valse passée, imaginer les éclats de velours glacés, et un jour obscur. Une femme fume une cigarette sur son perron. Un adolescent laisse ses bras à découvert, bravant l'an neuf d'un T-shirt élimé . Quelques voitures se sont garées piscine Robinson. Nous sommes à peine en hiver et les bassins ne sont remplis que de quelques branches cassées et peut-être d’un reste de tiédeur.

Bientôt, il faudra enlever un à un les colliers et les brillants qui ornent le sapin. L’installer en pleine terre pour qu'il redresse la tête. Les pièces et la maison retrouveront leur aspect ordinaire. Les aubes se feront moins lointaines. La bouilloire chantonnera. Près de la fenêtre silencieuse, je rêverai l’oubli, je supplierai la neige.

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