C’était la fin du monde. Enfin… Depuis que les médias la prédisaient. Les rues semblaient vides et grouillantes tout à lamunch_nudo fois. Une vie cachée, embusquée derrière les poubelles, à l’affût d’une boîte de thon mal raclée ou d’un reste de pâtes séchées. Elle s’en foutait. Elle allait crever. Elle bouffait des plantes, des racines, du carton. Elle buvait l’eau rouge d’un ancien robinet, dans la cour d’un hôtel particulier éventré par la violence des derniers jours. Elle n’était pas surprise, des années que la curée montait, montait. Depuis l’affreux Naboléon, depuis longtemps embaumé dans des Caraïbes inviolées par la montée des océans, avec sa dulcinée resucée et sucée par tous les chirurgiens et les hommes de l’enfer terrestre. Les années qui suivirent, ses avatars godillèrent à droite ou à gauche, le cerveau, la raison ou le cœur inexistant. Ils haranguaient les instincts et la violence incube. Parfois, elle sursautait : ça existe encore un philosophe ?

Elle avait abandonné la lutte, ses fils vivaient ailleurs, dans des pays de non cocagne où ils étaient heureux et l’avenir avait encore le goût du combat et de l’utopie. Elle tenait contre son ventre un bout de viande pourrie et trois carrés de chocolat gris. Un quignon de pain déformait sa poche gauche. L’autre montrait férocement ses coutures : Don Quichotte et Carver, un truc republié dans les années 2010. Elle se sustentait des restes de la grande bibliothèque.

Un grand Blanc hantait le quartier à ras de plancher, celui des Fauvettes. Trop maigre, trop laide, elle ne l’intéressait pas. Il se rabattit sur un jeune armé de piercings jusqu’aux oreilles. Elle ajusta ses écouteurs et monta le son. Aux enfers, il vaut mieux être sourd qu’aveugle ; le bruit reste une musique, l’image s’efface.

Elle s’enroula, quelques pâtés de maisons après, dans une couverture crasse. Un chat famélique la rejoignit au milieu des parpaings.. Comment Haoru avait-il survécu ? Il fit entendre son bruit de diesel, elle caressa le velours des pages. Un jour, elle mourait dans le creuset d’une histoire, elle mourait comme elle avait vécu, dans un paradis exsudant l’encre, le papier et l’oubli. Et la paix aurait des infinis de pages vierges. Enfin.