Les Heures de Coton

Des mots, des livres et encore des mots

26 juin 2009

Titré XIXème

Pour les Impromptus Littéraires,

Dans le boudoir de Mademoiselle, des frissons de satin et des rêveries au point de Flandres. Au pied de la courtepointe, se nichent des gravures interdites qui moquent les dessous de l’Impératrice et des romans de Zola. Aux matins givrés, succèdent les éclats du cristal et les huîtres et les desserts glacés. Des rires meurent. Quelques rêves, quelques amours se taisent. Les après-midi esquissent un menuet au piano forte. Un très jeune ou très vieux professeur dissèque une étude de Bach que ses mains ravissantes déchiquèteront avec application.

Dans le boudoir dont les tentures délicates se dissipent, dans le bureau aux murs humides et grisonnants, Mademoiselle dresse des colonnes de chiffres et des métrages tissus pour le grand magasin de la rue Lafayette. Un coup d’œil sous le canotier, qu’elle pique avec adresse, et elle aperçoit M. Lucien, 1er commis, si jeune, si joli avec sa moustache claire. M. Alfred, chef de bureau se tient dans l’ombre. Elle soupire. Soudain, derrière elle, cette voix si jeune. Monsieur… Si Monsieur lui parle. Si Monsieur l’invite…

Dans le boudoir de Mademoiselle, il n’y aurait plus de Catherine à coiffer, de méchant froid l’hiver sous les gants élimés. Il y aurait Madame, en chemise de fin linon. Des livres de Mizzie à deux sous et des faits divers près des Abattoirs emprisonnés sur du papier épais. Une sonate écorcherait le soleil de fin du jour. Il y aurait Monsieur le soir et le jeudi un repas entre gens de bonne compagnie. Les pas des enfants à venir.

Dans le boudoir, Monsieur apparaît de loin en loin. Le rêve d’hier s’étiole. Les dentelles frissonnent sous le vent du matin. Un ami très cher prendra le thé. Avec un soupçon de lait… Il pianotera quelques notes et lui tendra un livre de ce Flaubert dont on glose le jeudi. Sa couverture pauvre rejoindra Mizzie et les apaches de la Villette contre les espoirs fanés dans les plis du boudoir de Mademoiselle.

Si.

Posté par caro_carito à 14:45 - Les heures passées - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

disséquer, déchiqueter, écorcher... le ton est donné, la musique ouvre la "marche funèbre"de la vie...
Le réel n'est jamais à la hauteur du rêve.

Posté par gballand, 27 juin 2009 à 09:11

réverie de jeune fille,espoir déçu...mais pourtant, et si .....

Posté par tristale, 27 juin 2009 à 16:16

gballand, oh c'est clair mais les rêves offre une barre haute aussi.

On reste sans doute tjrs un peu une jeune fille tristale...

Posté par caro_carito, 27 juin 2009 à 22:21

Si romantique tout ca... une petite note: la repetition du mot 'glace' vers le milieu du premier para... mais peut-etre est-ce fait expres?
Bises.

Posté par Janeczka, 28 juin 2009 à 09:26

noté Jk. j'avais changé le dernier adjectif avant envoi.

Posté par caro_carito, 28 juin 2009 à 09:34

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