Les Heures de Coton

Des mots, des livres et encore des mots

30 avril 2008

Hommage 1ère partie

Une odeur de sapin

Ma mère avait raison. Je la déteste pour cela. Elle m’avait assenée, plus qu’il n’en fallait, des déluges de reproches. Mais, il y en avait un, imparable, qui me blessait au plus profond de moi et dont le sens était hermétique à mes pensées d’adolescente mal poussée. « Tu n’as pas de nez. » Je la revois illico reniflant tout, de la couette qu’elle époussetait, le pardessus de mon père qui rentrait du travail – « Tu n’aurais pas fumé une cigarette ou par hasard, un tour au bistrot, hein, non ? » -. Elle portait à son nez ou se penchait, suivant son degré de fatigue, sur toute nourriture déposée dans son assiette. Papa lui avait pourtant expliqué que, non, ça ne se faisait pas, de renifler le poisson et encore moins de plonger dans un potage d’asperges crémées. Rien à faire. Ma mère, en plein repas de gala ou le dimanche au flunch, jouait délicatement de ses narines pour identifier les effluves des mets qui lui étaient présentées. Je crois que Papa la détestait pour cela. Quant à moi, ma haine s’était concentrée sur sa détestable manie de traquer mes odeurs corporelles, qui je le crains aujourd’hui étaient, la plupart du temps imaginaires, et de me renvoyer dans ma chambre. Elle veillait alors férocement à ce que je m’écorche la peau de sous mes aisselles à l’eau et au savon de Marseille et que je revête ensuite des habits immaculés.

Je dois avouer que, hélas, elle n’avait pas tort. Du nez, je n’en ai pas. Mais alors pas du tout. Pour preuve… mon avant-dernier boulot. Je suis arrivée toute pimpante à mon entretien. J’avais potassé CV et motivations. J’avais passé trois heures à choisir tailleur et rimmel. Etudié l’itinéraire. Révisé mes points forts. Bref, j’étais parée. La boîte m’a tout de suite plu. Un air de neuf, de propret sur la façade, un logo étincelant. Des pelouses impeccables. Il me fallut quelques minutes pour reprendre mon souffle et pousser la porte d’entrée. Un hall clair, une jeune femme souriante qui s’enquit avec gentillesse du motif de ma venue et qui me désigna un siège. J’attrapai au vol une plaquette de présentation de l’entreprise et un magazine quelconque. J’attendis à peine quelques minutes avant qu’une femme tirée à quatre épingles s’avança vers moi. Un sourire, une présentation rapide, j’étais déjà à moitié conquise. Elle me conduisit dans son bureau où le luxe semblait combattre la simplicité.

C’est le moment où j’aurais du me méfier. C’est vrai, je l’avoue, je suis pur enthousiasme. Paraît-il c’est une qualité. En l’occurrence, dans le cas présent, c’était vraiment une erreur. J’aurais donc dû de méfier à l’instant précis où ces lèvres délicatement glossées prononçaient les mots fatidiques : « Faîtes-moi confiance… ». J’aurais dû me demander à mes classiques de venir à ma rescousse : l’instant où l’affreux Kaa, dans le livre de la jungle, fixe de son regard vénéneux Mowgli pour le croquer avidement ; car il prononce alors exactement les mêmes paroles. Pas du tout, gourdasse que je suis. Aucun signal d’alarme ne s’est déclenché dans ma tête. J’étais tout sucre, tout miel, alléché par le descriptif du poste. Quoi ! Ça arrive à tout le monde, une faille dans le disque dur. J’acceptais quelques jours plus tard l’offre de l’entreprise. Bien sûr, le salaire n’était pas à la hauteur, évidemment, on m’avait vaguement laissé entendre que les heures sup’, hé bien c’était les heures sup. et que elles n’étaient pas remboursées. J’aurais dû avoir du nez à ce moment-là. Mais rien. Toute à la joie de découvrir, mon nouveau cadre, bureau ordi, téléphone, j’étais aveugle, sourde, à tout signe avant-coureur de la catastrophe. Je ne sentais rien. Je flottais sur un petit nuage… Soit, riez, on aurait pu dire que j’avais fait preuve de l’attitude contraire d’un nez creux. Aux antipodes du bon sens.

Il me fallut peu de temps pour m’habituer à mon coin d’open space, à mes cartes de visite lustrées, aux réunions du début de semaine et à la routine des tâches hebdomadaires : brief sur les clients, résumé du cas juridique, solutions à apporter… Malgré mon titre ronflant de responsable client junior, je compris peu à peu que ce n’était qu’un travail de tâcheron, besogneux et qui avalait une partie de mes soirées. Si j’appréciais les chemises et le style à la fois recherché et décontracté de mes collègues, je ressentais derrière les sourires de façade, des luttes larvées, des coups bas, des rancœurs et des ambitions dissimulées. Un nid de vipères qui m’aurait volontiers étouffé en me faisant avaler force couleuvres. De là, de ne plus voir les troncs lisses des platanes que j’apercevais derrière la grande baie vitrée, de les confondre avec les barreaux épais d’une prison, il n’y avait qu’un pas… que je franchis comme à l’accoutumée à la vitesse de l’éclair.

Mais là où ça commença à chauffer pour mon matricule, ce fut lors des réunions de stratégie. J’y avais été conviée au bout de trois mois et demi. J’appris au détour d’une machine à café, que c’était une grosse promotion. Virtuelle car aucune monnaie ni sonnante ni trébuchante n’entra en sus dans mon escarcelle. Bref, il me fallait participer, caresser dans le sens du poil, donner des idées dans l’air du temps. Se caler dans le moule de responsable client junior, habits, pensée et comportement. Ce que je ne fis pas. D’abord, un jour, j’osai un pantalon. Par -5°C et un épais manteau de neige, cela ne me paraissait pas déraisonnable. Mais si ! Tous les serre-têtes avaient gardé leurs petits tailleurs et leurs escarpins. En plus, je souriais, je discutais, j’émettais des idées, sensées puisqu’elles étaient reprises en catimini par al suite, des objections parfois. Après tout, ils m’avaient embauchée pour m’occuper des clients indiens et, après avoir baby-sitté, conseillé, aidé dans leurs bizness, une grande partie de mes voisins dans la tour de béton de mon enfance, je m’étais évidemment familiarisée avec la langue, les coutumes de ce lointain pays... Quelques voyages à New Dehli, Calcutta, ou Madras. Le tour était joué. Bien sûr, ma formation n’était pas très orthodoxe mais qu’importe puisque mon portefeuille de clients était soigné aux petits oignons. Je devais avoir un rhume car mon appendice nasal ne vit rein venir.

Mon regard se décilla en deux temps. D’abord, une remarque émise par un jeunot légèrement pédant sur mon parfum. C’est sûr, je ne porte pas du Chanel, ni Hermès. Un petit Shalimar, épicé à souhait ou un Thierry Mugler poivré. Ensuite, la révélation eu lieu quand je vis le front de notre responsable se pencher vers moi, front marqué par un petit pli marqué entre ses sourcils soigneusement épilés de mauvaise augure. Des soucis perso et professionnels, avais-je pensé, la première fois que j’avais remarqué cette ride maussade. Elle s’adressa à moi, en pleine réunion, pour m’envoyer un flot de reproches et se moquer ouvertement de moi. J’aurais pu scruter attentivement chaque personne assise autour du bureau ovale, je n’y aurais trouvé qu’un sourire sarcastique ou un air d’indifférence polie. Heureusement, Sabrina frappa à la porte et apporta le café et un fax. J’adore Sabrina, de rose, de rouge, d’anis vêtue. Nous échangions Cosmos et Elle, bonnes adresse et régime à la noix, cochant avec soin les questionnaires de personnalité, riant aux conclusions toujours erronées des horoscopes. C’était ma copine. Et quelque chose me frappa instantanément. Ces gens-là ne connaissaient que trois couleurs, bleu marine, noir et vert bouteille. Ces gens-là ressemblaient à des croque-morts, leurs conversations en avaient l’odeur, leur jugement, leur allure. Et j’étais là, au milieu de cette valetaille et, il me fallait me rendre à l’évidence, je n’étais pas à ma place. Trop de couleurs, trop de sourires, pas assez comme il faut. Ce fut un choc. Je sentis alors instantanément tout l’hostilité qui régnait et dont j’allais plus particulièrement faire les frais. J’étais entrée dans la zone du collimateur.

Et ce fut l’enfer. J’allais chaque matin au boulot, une boule dans l’estomac. J’allumais l’ordinateur, les mains dégoulinantes de stress. Je tremblais. Mes nuits s’écourtèrent encore plus, mon esprit ressassant chacun de mes gestes. Où avais-je fauté ? La peur s’agrippait à moi dès le réveil. Je savais qu’à la moindre erreur, les remarques cinglantes me sauteraient à la figure. Inutile d’espérer un regard amical dans la journée, il n’y aurait pas même une parole neutre, simplement des mots secs jetés à la figure. Il y avait bien Sabrina, consolation bien maigre. Et ses jupes roses renforçaient encore plus mon isolement. Je m’accrochais désespérément. En vain. Le combat était perdu d’avance.

J’avais reçu en début de semaine une convocation à un entretien de fin de période d’essai. Je ne dormis pas les deux nuits suivantes. Et puis plus rien, envolé le stress. Le fardeau de mes soucis s’éloignait alors que je longeais le boulevard Gambetta. Mon regard s’accrochait aux arbres qui montraient timidement leurs fragiles pousses vertes. Il ne me restait plus qu’à tourner à droite pour entrer dans la cour à la pelouse impeccable, sertie de platanes. Je sus alors que je pénétrai dans la vallée de l’ombre de la mort. Je compris soudain. Tous, autant qu’ils étaient, suintaient une odeur de cadavre. A plein pores. J’eus un bref moment de panique, la fugace envie de prendre mes jambes à mon cou. Je levai les yeux vers le ciel étincelant et j’avançai. L’entrevue fut houleuse. Je me levai au milieu de la charge furibonde que ma responsable avait lancée. Je descendis à mon bureau prendre mes affaires et passer dire un au revoir à Sabrina. Elle me sourit et m’embrassa en me glissant : « La prochaine fois, préviens-moi, je mettrais mon waterproof. » Je souris, c’est vrai, le bleu qui dégoulinait de ses paupières gonflées n’était pas très seyant.

Je quittais sans un regard le cube aux murs ardoise. Ce n’est qu’arrivée à la place Etienne Marcel que je m’écroulai. Comment allais-je faire ? J’avais passé tout mon fric à ma mère. Elle en avait eu besoin pour assurer un enterrement décent à mon père. Elle s’était retrouvée dans un misérable deux pièces humide. Mon père, cet imprévoyant avait contracté quelques emprunts sans assurance-décès. C’est la mort dans l’âme que nous avions dû renoncer à l’héritage. Je n’avais donc pas le choix, le loyer continuerait de tomber, il me fallait un job. N’importe quoi. Inutile de passer à l’ANPE, pour cause de 35 heures, l’agence était fermée le jeudi après-midi. Je me dirigeai vers mon agence d’intérim. J’en ressorti avec un contrat, ce n’était pas Byzance mais tout ou plutôt n’importe quoi plutôt que de rester à la maison et passer de la case neurasthénie à celle de la dépression.

Je m’y rendis la mort dans l’âme le lendemain. Je me trompais de bus et arrivais avec une heure de retard. J’avais à peine jeté un coup d’œil dans la glace car je savais que ma peau avait cet aspect granuleux de papier mâché. J’avais enfilé un jean, un pull et attaché mes cheveux rebelles. L’homme qui m’accueillit semblait sorti tout droit d’une bande dessinée. Le visage émacié, les joues taillées au couteau. La taille haute qu’il ployait malhabilement. Un timide. Son costume gris anthracite lui allait comme un gant, comme sa voix relativement douce mais rien, rien, n’aurait pu réconforter la femme méfiante qui lui faisait face. Il me remercia d’avoir répondu à son offre temporaire d’emploi, me fit signer quelques papiers et m’indiqua mes horaires. Je passai la journée dans un brouillard inconfortable. Je revins le lendemain puis jusqu’à la fin de la semaine. Le vendredi matin, M. Frères me proposa de prolonger ma mission. J’acceptai.

Je venais de pénétrer dans l’entrepôt pour récupérer un drap de satin bleu pervenche quand mon cœur se mit à battre plus vite. Cette odeur de bois de sapin. Délicate. Ma main glissa le long du coffre en bois. Je sentais le bois vibrer sous ma caresse. Je pensai à M. Frères, sa gentillesse, sa sollicitude discrète face aux familles éplorées. Les mots qu’ils choisissaient avec tact. Et l’humilité avec laquelle il m’expliquait son rôle auprès de ceux qui restent. En repensant à cette prévenance tout en retenue pour ces personnes en deuil mais aussi pour moi le jour où il m’avait trouvée, éperdue de chagrin, le dos adossé à la caisse où je venais de ranger le lot n°15 d’urnes funéraires de type égyptien. Il avait su écouter. Il avait choisi les mots avec tact et j’avais senti un flot de vie me parcourir.

Accrochée au cercueil vide de bois blanc, je respirais à pleins poumon la fragrance entêtante du sapin en méditant sur cet étrange paradoxe : un cube de béton aux courbes mode et où errent des hommes en sursis et, dans une modeste entreprise de pompes funèbres, des paroles de consolation pour les âmes en peine…

Posté par caro_carito à 23:06 - Divag'à l'âme - Commentaires [24] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Un hommage

Pour une fois, je vais marquer une date. Après tout, c'est le premier mai demain... Cela a pour moi une significaiton particulière. Je vais donc rendre hommage à ma famille dont l'un des membres est mort jadis au bagne de Belle-île ; ils vivaient à Montmartre. Et il y eut la Commune.

Le programme des manifestations

muguetJe vous ai donc proposé une de mes divagations poétiques qui m'éloigne parfois des réunions où tous cogitent dur. Aujourd'hui, une mini nouvelle, fin d'après-midi ou de soirée, inspirée par ma journée d'hier. Demain, 1er mai, quelques poèmes dits. Vendredi, ce sera, malheureusement, un texte tiré d'une histoire vraie et ce sera de nouveau un hommage à une victime du monde du travail. Et samedi, je profiterai de la consigne proposée par Kloelle sur http://samedidefi.canalblog.com/archives/2008/04/27/8969844.html pour clore cette série.

Posté par caro_carito à 05:32 - Les heures passées - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 avril 2008

A quoi rêve caro_carito pendant une réunion...

Platanes

*

Sur les fronts hauts des platanes

Bruisse le vent

Une chevelure qui s’argente

Dans les reflets des flots aimantés

*

Dans les frondaisons tendres des platanes

Un chuchotis s’égare

Effleure les corolles frêles

D’une brassée de boutons d’or

*

Dans les futaies mouvantes des platanes

Un souffle d’air

Trace une route

Où s’engouffre le fier vaisseau des rêves

*

Caressé par la houle des feuilles

Les voiles gonflées

Il glisse

Vers l’horizon lumineux

Posté par caro_carito à 08:10 - Les heures de poèmes et de coton - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 avril 2008

Des fleurs, des couronnes, un jardin et Jacques Prévert

Voilà, voilà, ça arrive...

1er poème, Fleurs et Couronnes, le 2ème le Jardin, tous les deux tirés de Paroles de J Prévert.

boomp3.com

tournesol

Posté par caro_carito à 23:09 - Les heures de poèmes et de coton - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 avril 2008

Volte face

J'ai toujours aimé ce poème, depuis le collège. Aujourd'hui, parce que la journée avait ce goût de printemps, cet air de douceur de vivre... C'était pourtant une journée , avec des brigands farceurs, coquins et parfois odieux, et une maman fatiguée, tristounette, une maman qui est sortie de ses gonds en plein supermarché parce le micro préado s'était carapaté dans les rayons. Et puis...colza                                                                                        

Un après-midi dans le jardin, de la musique, des cerisiers en fleurs, des brigands pourfendeurs de pokémons et un brigand chimiste qui lancent des bulles de savon depuis sa fenêtre. Une maman qui prend le temps... 

Et derrière un champs de colza en fleurs...

(Ce soir je vous mettrai l'enregistrement audio de tout le texte)

Mais le lilas tu l'as appelé Lilas
Lilas c'était tout à fait ça
Lilas...Lilas...
Aux marguerites tu as donné un nom de femme
Ou bien aux femmes tu as donné un nom de fleur
C'est pareil.
L'essentiel c'était que ce soit joli
Que ça fasse plaisir...
Enfin tu as donné les noms les plus simples à toutes les fleurs simples
Et la plus grande la plus belle
Celle qui pousse toute droite sur le fumier de la misère
Celle qui se dresse à côté des vieux ressorts rouillés
A côté des vieux chiens mouillés
A côté des vieux matelas éventrés
A côté des baraques de planches où vivent les sous-alimentés
Cette fleur tellement vivante
Toute jaune toute brillante
Celle que les savants appellent Hélianthe
Toi tu l'as appelée soleil
...Soleil...

Posté par caro_carito à 19:40 - Les heures de poèmes et de coton - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 avril 2008

un atelier d'écriture

Consigne 67 de Paroles Plurielles

PP67Vous vous mettez dans la peau d'un des personnages. Vous avez le choix il y en a plusieurs...
Ce sera donc un texte en JE, sorte de monologue intérieur

L'incipit:
"Il faut absolument que je pense à..."

Dorées à point.

Il faut absolument que je pense à redemander un peu de mayo. Elles sont vraiment extraordinaires, ces frites. Croquantes, dorées. Avec un soupçon de jus de viande. Ce qui est sûr, c’est que cela me rappelle Géraldine. Une femme sèche et plate comme une ablette. Rien à en tirer, de ce sac d’os.

48 ans de mariage. 48 ans de bagne. Au bout de quelques années, j’en étais venu à espérer qu’avec sa petite santé elle s’en irait vite. Mais non. Elle est toujours là, à un fil de la grande faucheuse.

Elle était maligne, la garce. Elle m’a alpagué avec flonflons et orchestre, un paltoquet dans le tiroir. Finir les odeurs alléchantes d’huile chaude, de fritures, de beignets….  Un fricot infâme parce qu’il fallait mettre des sous de côté. Tous les jours dans ma gamelle trois louches calibrées et indigestes. 29 ans  avant de renouer avec ma portion de patates hebdomadaire, c’est à dire le jour où nous avons eu accès à un resto d’entreprise miteux, avec frites surgelées repassées au micro-ondes. Du carton ! Seules les dernières années amenèrent plus d’agrément. En temps que responsable, j’avais droit à quelques extras, séminaires, voyages… Et immanquablement une grosse portion de frites, délicatement brillantes. Je me rappelle même une fois à Lille… Une table, un 2 étoiles - le grand luxe quoi !  - et des misérables bouts de poissons qui nageouillaient dans un sauce rose avec une collerette de chou-fleur et un bout riquiqui de gratin. Après cela, retour à l’hôtel près de la gare. J’en suis ressorti, ayant repéré une baraque à frites, juste à côté.

Ce fut un pur moment de bonheur. Dans le froid sombre de la nuit, croquer l’une après l’autre, chaque bout de chair tendre et ferme, salé à point. Une touche de cette sauce américaine, onctueuse à souhait.

Oui, un pur instant d’ivresse. Comme maintenant, dans ce petit restaurant, à 2 pas de la chambre d’hôpital où se trouve, comateux, le corps de ma tortionnaire.

Un plaisir savoureux…

Posté par caro_carito à 23:40 - Le tourbillon des mots - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 avril 2008

une touche de réflexion

Simone de Beauvoir, c'est aussi cette phrase que je vais chérir. Je la prends comme toutes ces phrases rencontrées, savourées pour me construire jour après jour...

"Tout sujet se pose concrètement à travers des projets comme une transcendance ; il n'accomplit sa liberté que par son perpétuel dépassement vers d'autres libertés ; il n'y a aucune justificaiton de l'existence présente que son expansion vers un avenir indéfiniment ouvert."

et plus loin "Le drame de la femme, c'est ce conflit entre la revendication fondamentale de tout sujet qui se pose toujours comme l'essentiel et les exigences d'une situation qui la constitue comme inessentielle. Comment dans la condition féminine peut s'accomplir l'être humain? Quelles voies lui sont ouvertes? Lesquelles aboutissent à des impasses? Comment retrouver l'indépendance au sein de la dépendance? Quelles circonstances limitent la liberté de la femme et peut-elle les dépasser, Ce sont là les questions fondamentales que nous voudrions élucider. C'est dire que nous intéressant aux chances de l'individu, nous ne définirons pas ces chances en terme de bonheur, mais en terme de liberté."

Je me suis toujours posé ces questions, je suis heureuse de les entendre en mots. Maintenant, il me faut chercher les réponses...

Bonne journée à toutes les femmes, (et aux hommes, si, si)

Posté par caro_carito à 07:45 - Divag'à l'âme - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 avril 2008

Space opéra

juscarottes

Si pour le petit déjeuner, nous prenions un jus de carottes pour la forme...

Je vous propose  de la lecture, Fanes de Carottes, un blogzine de (science) fiction a publié depuis quelques dimanches un feuilleton à rebondissements. La fin vient d'être publiée et, comme j'en suis l'auteur, je vous convie à lire les épisodes précédents et à suivre les aventures mouvementées des héros. Je ne vous en dis pas plus. Bonne lecture.

PS: pour ceux qui s'interrogent, un space opera, quelle est donc cette étrange bête? http://fr.wikipedia.org/wiki/Space_Opera

carottes

Posté par caro_carito à 09:46 - Divag'à l'âme - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 avril 2008

Une touche de féminisme

Je déguste Simone de Beauvoir: un petit extrait, allez, pour bien démarrer la journée... et ne pas oublier!

"C'est ainsi qu'en septembre 1948 dans un de ses articles du Figaro littéraire, M. Claude Mauriac - dont chacun admire la puissante originalité - pouvait * écrire à propos des femmes: "Nous écoutons sur un ton (sic!) d'indifférence polie... la plus brillante d'entre elles, sachant bien que son esprit reflète de façon plus ou moins éclatante des idées qui viennent de nous." Ce ne sont évidemment pas les idées de M. C. Mauriac en personne que son interlocutrice reflète, étant donné qu'on ne lui en connaît aucune. [...] J'ai insisté sur cet exemple parce que la naïveté masculine y est désarmante. il y a beaucoup d'autres manières plus subtiles dont les hommes tirent profit de l'altérité des femmes[...] Ils savent ce qu'ils perdent en renonçant à la femme telle qu'ils la rêvent, ils ignorent ce que leur rapportera la femme telle qu'elle sera demain."

*ou du moins il croyait le pouvoir

Je m'arrête, je citerais presque tout le livre....

Posté par caro_carito à 07:51 - Ma bibliothèque - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 avril 2008

Un WE.. Une île

Me voilà de retour avec quelques heures de sommeil en moins, des ballades en vélo et... des images dans la tête.

Inspirée par        http://www.deezer.com/track/133127

                                                Je vous livre ce petit texte


Tout l’univers

Tient dans ma tasse de café

Reflets de bakélite

Qui brille telle une nuit sombre

Une gorgée d’amertume

Caresser la surface rêche de la table,

Un bref instant plonger ses yeux dans cette lune noire

Et s’enrouler dans un cercle de porcelaine.

Emerger aux antipodes,

Ruisselante, aux limites extrêmes de sa vie.

Immaculée.

Lavée de la suie qui se dépose,

Lentement,

Inexorablement,

Envahissante…

Tient dans une tasse de café

Eclats d’anthracite, traces d’un soleil.

Lever les yeux

Attraper au vol

Le pas rapide des passants

Le bourdonnement soudain de l’autre, des autres,

Qui s’acheminent, se télescopent,

Sur une tangentielle banale.

Il y a d’autres terrasses

D’autres villes

D’autres inconnus

                                                               D’autres départs.


Tout l’univers

Posté par caro_carito à 21:05 - Les heures passées - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1  2   Page suivante »