Les Heures de Coton

Histoire d'un Pierrot

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Aujourd’hui, c’est le dernier soir. La dernière représentation. Je sens ses mains puissantes et légères, elles font de moi un être aérien. Au début, j’ai cru qu’elles avaient été taillées comme mon corps dans un bloc de bois de tilleul, épais, et qui, à force d’avoir été évidée, était devenu pareil à un souffle.

Ultime matinée, Arlequin me dérobe pour la 148ème fois ma tendre Colombine. Demain, septembre, mois de relâche pour notre public. Lui, nous fera répéter en sourdine le prochain spectacle. Je ne fais pas partie du casting. Ma jambe s’est brisée cet été. Elle a bien été rafistolée avec du fil de fer mais le remède est pire que le mal car il s’accroche à mon habit blanc, écorche mes trois gros boutons de feutre noir et l’a même blessé. Ce jour-là alors que le sang salissait ma veste immaculée, il a crié « Heureusement que, pour la revanche de Polichinelle sur Arlequin, je n’aurais pas besoin de toi ! » J’ai alors entendu un claquement ; à la place de mon cœur, il y avait une large fissure.

Ce dimanche, j’ai goûté jusqu’à la lie les applaudissements. On l’a chaleureusement remercié, les lumières se sont éteintes et il m’a posé avec mes autres compagnons sur la banquette usée du salon de son mobil-home. Dehors la nuit ne s’était pas encore annoncée.

Je la vois soudain dans l’embrasure de la porte. Elle est assez commune. Elle sourit. Elle est petite. Il lui offre un verre, prépare une omelette mousseuse et une salade. Elle l’interroge sur son métier. Elle avoue que son travail la fascine. Lui, ses yeux pétillent. Il est seul depuis si longtemps. Il a bien des aventures mais elles ne le nourrissent pas. Les heures passent, la nuit est là. Un regard à sa montre, il lui faut le quitter. Elle a posé furtivement sa main sur son avant-bras. Il semble curieusement maladroit, celui nous donne vie avec tant de dextérité.

Brusquement, il se retourne vers nous et m’attrape. « Tiens, je te l’offre. » Je passe de lui à elle. Elle m’ausculte doucement, me soupèse et m’emporte, en me serrant contre elle.

Le Climont - août 2019

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sur les murs du Pain perdu

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Deux duos de juin pour le prix d'un - c'est toujours les soldes chez nous

Parfois les consignes font l'effet d'un coup de poing. Je dirais cela de la phrase qui définit ce duo entre le blog de Gballand et le mien. Lisez par vous-même : "Je suis trop honnête pour être poli" de Scutenaire 


Mon texte sera à l'abri chez elle dès le 13 juin : http://presquevoix.canalblog.com/

Le bal des masques

Ce sept mots, bien plus que sa voix, familière et oubliée, me font brusquement sursauter. Et aussi cette inflexion particulière, à peine mordante, et pourtant assassine. Un tremblement glacé me saisit aussitôt, la pogne du passé me vrille le corps, le ventre, agrippe ma nuque pendant un bref instant. Un instant de trop. [...]


Le sien le 15 juin : suspense... enfin levé avec : http://presquevoix.canalblog.com/

Ceux qui se pensent grands

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Atelier d'écriture - Beaux-arts

Autour du court organise 4 ateliers chaque année avec l'office de tourisme de Bourges. Coup d'envoi avec un atelier qui se déroulait à l'Ecole nationale supérieure d'arts de Bourges autour de l'oeuvre de Adrian Caicedo.

https://www.adriancaicedo.com/

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Dès l’origine

Je croyais que c’était l’aube ; à travers la fenêtre de notre chambre, le ciel était vert. Je venais de sortir d’un rêve comme l’on sort du ventre de sa mère. Nue. Je me suis levée. J’ai fait quelques pas. Tu n’étais pas là.

Les murs de la maison renvoyaient une brise tiède. J’ai posé ma main sur leurs peaux de pierres. Je les ai alors sentis palpiter sous mes doigts. Une goutte de sueur a coulé le long de ma nuque, épousé mon épaule. Arrivée au bas de mon dos, elle n’était plus que vapeur. C’était donc la nuit. Une nuit épaisse, saturée d’une poussière moite et charnue. Je suis sortie. Au loin, la forêt, ce qu’il en reste, ce qui reste de ce qui fut un monde : des idoles, des âmes errantes, ton absence crue.

Et des papillons, des dizaines de papillons, des centaines de papillons, des milliers de papillons. Leurs ailes douces qui habitent nos vies nocturnes et, alors que j’avance vers les autres, me frôlent.

Je marche le long des bois rabougris. Je n’ai pas encore faim. C’est la nuit. Puis l’aube viendra, et elle sera rouge, bleu ou verte, qu’importe. Il me faudra me battre pour manger, pour survivre. Je t’oublierai car l’autre sera l’ennemi. Ce sera le jour.

Mais dans mes nuits vertes, peut-être un grand paon du jour se posera sur moi. Et le frôlement de son corps m’offrira sous la lune le murmure de ton nom revenu d’ailleurs.

ENSA Bourges – Le Pain perdu 31 mai 2019 – Corinne Mennesson Llerena

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