Les Heures de Coton

Des mots, des livres et encore des mots

09 novembre 2009

En Italie,

DSCN8365trois brigands heureux

" En faisant fuir, comme il se doit,

les pigeons de toutes les villes du monde."

et appliquant, comme tout bon filou,

le proverbe suivant:

DSCN8268

à défaut de pigeons, coursons les mouettes....

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05 novembre 2009

Sfumato

sfumatoSous le roulis sec !

Hier fenêtre et poussières…

D’une vie sur mer

.

.

haïku inspiré par ces vers écrits en Italie.

Je rêverais d’une vie avec vue sur mer.
Comme un peintre au geste inachevé.
Scruter sans jamais fixer les dentelles d’éther,
[...]
Garder à tue-tête le roulis sec de la mer.

Devant ma fenêtre
Secouer la poussière,
Rêver à toujours le roulis sec
d'une vie avec vue sur mer

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28 octobre 2009

Photos de voyage

DSCN8323Je vous écris d’Italie

Milan. De la nuit passée, seuls émergent des pans de quartiers interlopes et des contrôles d’identité répétés. Dans mes bagages, un dossier sur la chute du mur et l’écho à peine éteint d’autres uniformes et d’une ville grise.

Je suis déjà venue ici. De ce tour d’Italie et de jeunesse, les ors de la Scala, des ribambelles de madone con bambini et des cités de légendes, Sienne, Florence, l’éternelle Urbs de Rome ont conservé dans mes souvenirs leurs ocres et leurs vives parures. Aujourd’hui, j’entrevois un patio, des jardins dérobés. Le Duomo, ses vagues de pierres fines, son abondance sans fin de statues, d’autels, de friselis de marbre rosé.

Je vole un cliché aux enfants, à leurs questions, à leur curiosité impétueuse et harassante. M’évader une heure, une minute et laisser dériver les pensées. Est-ce ce mélange d’immeubles sculptés, d’entrées rutilantes, de ce luxe lourd et un peu daté qui me rappellent un auteur, puis deux, négligés, retournés dan les limbes du renom? Ces femmes aux regards gris, ces romans dont les phrases ont le goût des vieilles bibliothèques.

Lei scrivo da Italia

J’arrache quelques mots à mon italien balbutiant, je bute sur quelques faux-amis espagnols. Me laisser séduire par ce phrasé chantonnant. On nous indique avec patience la gelateria, face à la galerie Victor Emmanuel II. Les enfants scrutent la nuit illuminée en faisant le vœu de comparer toutes les glaces au parfum de fraise et de citron qui croiseront leurs chemins. Ils rentreront tôt en faisant fuir, comme il se doit, les pigeons de toutes les villes du monde.

Domani, dopodomani, lei scrivero ancora una volta da Italia…

Posté par caro_carito à 20:49 - Des voyages immobiles - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 octobre 2009

La délégation

Samedi. Un ciel de suie invente une nuit. L’heure du rendez-vous n’a pas encore sonné, il a ouvert. Deux d’entre eux sont déjà là.

Ils s’essuient lentement les pieds à l’entrée et s’assoient presque en s’excusant à la grande table de la salle à manger.

La bouilloire laisse échapper sa comptine à l’instant où elle aperçoit Armand le jardinier. L’homme qui sait. Il sait pour les roses et pour la taille. Il devine les couleurs, prévient les croissances. De ses mains rugueuses, il fait naître des miracles d’anémones et d’hémérocalles. Et des fruits à foison.

Elle a amené le plateau, le sucre et les tasses. Un paquet de gâteau. Arthur son camarade d’études est là malgré les ennuis au boulot, la fatigue d’une pharyngite qui se traîne. Et puis un autre qui a quitté son île froide pour les brumes laiteuses et enchanteresses de leur Province les rejoint. Certains viendront plus tard. D’autres s’éclipseront. Il ne manque plus que le père, le ballet des camionnettes et des cartons s’ébranlera. Vers midi, ils iront dévorer ensemble un casse-dalle au bistrot d’à côté accompagné de ce petit vin de Chateaumeillant. Après avoir déposé les enfants, elle les surprendra en cercle frileux, devant le van blanc. Ils discuteront à grands renforts de gestes et de paroles fortes. Ils laisseront échapper ce rire épais qu’ils dissimulent aux femmes. Peu après, le groupe se scindera en deux équipes; le va-et-vient méthodique reprendra.

Plus tard, dans la pièce nue, elle sursautera à la sonnerie du téléphone. La plainte lancinante s’agrippera aux murs, lacérant le silence des papiers froissés et jetés dans un sac gris. Jamais elle ne l’avait entendue aussi forte, telle une plainte, un cri douloureux. Elle ne se lèvera pas pour répondre. D’ailleurs, l’autre ne laissera aucun message. Elle entendra le clic et les battements précipités de la ligne que l’on a coupée. A cet instant, elle admettra le départ. Acceptera que les moments de joie, de tendresse le soir en famille, les pleurs et la douleur enfouis, tout ce bric-à-brac de l’existence, s’est détaché de la maison, la laissant évidé, vierge d’eux, de leurs présences et de leurs colères, de ses baisers que l’on arrache au sommeil.

C’est ce renoncement facile, de lassitude et d’indifférences mêlées, qui la fait se sentir infidèle, cruelle même. Elle part. Trop épuisée pour la peine et les regrets. Elle fixe un crochet sur le mur. Là où elle avait accroché le premier tableau de son bureau. Un pastel qu’elle avait déniché elle ne sait où et dont elle avait aimé le bois éraflé. Elle restera longtemps devant la trace légère avant de faire un dernier tour de la maison et partir rejoindre les hommes.

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16 octobre 2009

Hadopi

b_giraudJ’avoue. Je télécharge occasionnellement. Surtout, j’encourage. Je milite pour le vice, les conciliabules inavouables, le choix des sons, des mots cachés. Je prends partie pour l’illicite, l’obscur, le presque inavouable. L’interdit.

En connaissez-vous la saveur ? J’en palpe la texture, je m’imprègne de l’odeur suave. Je sens les corps qui s’abandonnent. Les heures filent et s’évident. Je devine ces Autres, même faim, désir à l’unisson. Ce frisson-là qui résonne et qui apposera sa marque brûlante sur less pensées. Cette phrase qui tranchera dans le vif.

J’avoue, je prête mes livres. Je laisse d’autres s’emparer des textes sans droit de péage. Une semaine, voire deux, ils partent ailleurs. Ils reviennent, repartiront. Ils plairont parfois. Je saurais que des mains étrangères auront connu le même plaisir, thésaurisant le goût des mots qu’ils n’ont pas payés.

Je confesse, des visites depuis l’enfance dans ces lieux de perdition que sont les bibliothèques, empruntant ma dose hebdomadaire, incapable d’endiguer cette frénésie de lecture. Fautive, mère fautive qui encourage ses enfants. Traîtresse qui entraîne ses amies. Epouse mauvaise qui corrompt son époux. Je me rachète en en offrant sans y penser. Misérable expiation quand on songe à tous les écrits lus sous les manteaux et dont l’auteur ne connaîtra jamais l’itinéraire.

Ainsi, je récidive ; ce dernier, qui m’a tant plu, je l’ai prêté hier soir. Dès après-demain, dès son retour, quelqu’un d’autre l’espérera. Et une autre.

Vous pouvez me dire ce que vous voulez, quand il reviendra, gonflé de l’attention, de la pensée d’un cher et proche, je le trouverai plus achevé et dense.

Je lui offrirai alors une relecture pour qu'il frémisse, en livre comblé.

Posté par caro_carito à 21:55 - Divag'à l'âme - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 octobre 2009

Dernières lignes droites

moissonneuse_new_holland_80_50_de_1985_IMG283453Ils s’activent. Le jeune mange de la poussière près des silos, commentera-t-on un peu plus tard. Un homme sort de l’atelier. La moissonneuse-batteuse a envahi l’une des cours de la ferme. La coupe à maïs a été fixée. Des mains rêches se saisissent des chaînes soigneusement graissées. Une semaine de temps sec et froid. Aucun des nuages immobiles ne menace la dernière récolte de l’année. Le séchoir démarrera aux premiers retours du camion, ajoutant, aux journées harassantes, une nuit entrecoupée de réveils.

En début de soirée, la machine aura bien attaqué le carré impeccable, mordant avec une lenteur millimétré les poupées de maïs asséchées. La nuit viendra, trop tôt, et les phares remplaceront le soleil. Puis, il faudra rentrer, se doucher, manger et dormir. Le père attendra. Quelques paroles autour de la soupe chaude et des pommes du pays. Un peu de fromage et du pain. On omettra de parler des prix toujours plus bas, de l’avenir aussi incertain que le ciel. Et puis ce fax vite lu passera de mains en mains. Une manifestation se tiendra vendredi.

Qui pourra ? Qui ? Question muette et sans réponse puisque tous seront aux champs. La terre nourrit, la terre ordonne. L’un d’eux regarde le chat endormi dans son panier. Le chat pourrait y aller non ? Ils sourient. Ici, on fait grève quand la terre le permet.

Vendredi, ils se lèveront tôt, prépareront avec soin le matériel. Ils redoubleront de prudence, car la fatigue, cette sournoise pèsera sur leurs gestes, escamotera les habitudes. L’imposante caravane traversera avec circonspection la nationale. Se méfier des voitures téméraires, frôlant les convois à toute vitesse. Un nouveau champ. Dans le sillage de la moissonneuse, une forêt de cannes cassées et le grain doré qui remplit les bennes. Le chat s’étirera paresseusement. Les hommes penseront à ceux qui marchent dans les rues d’Orléans. Ils aimeraient en être. Devant eux les tiges s’étendent, des mois de travail et de soin. La terre ne pardonne pas ; quand elle exige, il faut se tenir là, au rendez-vous. Le 16 octobre 2009, ce sera jour de moisson. 

Posté par caro_carito à 23:15 - L'inné et l'acquis - Commentaires [26] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 octobre 2009

Polaroïd n°9 coquetterie berruyère

fesses_polaMea culpa

J’avoue, je l’ai mal jugée. Je suis arrivée et je l’ai trouvée taiseuse, ramassée sur elle-même. Belle, sans doute. De ces splendeurs figées dans leur dernière page d’Histoire. Ici, moururent les Bituriges. Elle fut le dernier bastion de Charles VII, le dit bâtard, le petit roi de Bourges. L’ultime capitale. Et puis elle s’éteignit petit à petit, dans le sillage du Grand Condé et s'endormit loin des feux de Versailles et de Paris.

Une minuscule antenne universitaire, une industrie tournée vers l’armement et la champagne berrichonne drapée de festons, de broderies d’or noué ou aux points d’ombre où se dévide le fil des saisons. Une ville de militaires et de paysans. Convois glaiseux des semoirs et autres sauterelles et de ces camions faussement camouflés. Avec la régularité de la grande Muette, les obus tombent sur le Polygone et l’œil des Awax ne se referme jamais

Il lui faut du temps pour se dévoiler. Elle a ses coquetteries de ville ancienne, ses rubans de pierre travaillés au petit point, ses clins d’œil licencieux face à la tour de beurre.

Elle semble hors du temps, enfoncé dans un Jadis de journal de 13h. Pourtant, depuis hier, elle décline son 5ème festival du film écologique. Loin des discours omniprésents et des effets d’annonce politico-people sur le développement durable, l’écologie pose ici ses traces  durables et modestes : constructions écologiques du conservatoire ou des logements sociaux, fonctionnement de la mairie, essences diverses plantées en ville, fleurissement bio…

Je l’ai mal jugée comme l’on peut railler souvent les journaux locaux. La nouvelle république vient de fermer ses portes. Ne reste que le Berry républicain qui catalogue les menus événements de l’ancienne Avaricum. Au lecteur patient, il est offert de lire les ragaillardissantes chroniques de Luis Sepùlveda :

http://30anseditionsmetailie.blogspot.com/2009/06/chronique-de-luis-sepulveda.html

Posté par caro_carito à 19:02 - Polaroïds - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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