Les Heures de Coton

lecture

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Tiré de la session 2016/2017, un recueil rassemblant photos et écrits est accessible sur issu :

FRAGMENTS – atelier Mot à Mots

 Bonne lecture !!

 

 

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Pour mieux connaître Skavuisa, Stéphane Branger et le RERS

http://www.stephanebranger.com/
http://vusardage.canalblog.com/
https://rers-bourges.org/

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le poème le plus long du monde

Vous avais-je parlé du poème le plus long du monde ?

Il se trouve ici et vous pouvez y participer sans peine, http://poetesenberry.over-blog.com/2018/06/le-poeme-le-plus-long-du-monde.html

Voici les vers que j'ai faufilés pour lui.

Je suis la poésie qui se mord la queue..

Enfin, c’est vrai depuis que la poésie
N’est plus ce cher et doux et pur esprit.
Elle est tombée à 4 pattes sur terre.
Alors elle tourne en rond
A vouloir changer ce monde qui ne tourne pas rond.
Elle creuse son propre trou
Oui je sais tu penses à une tombe.
Qu’elle va mourir d’être si terre à terre.
Mais moi je crois qu’elle se cassera
Les dents sur un os d’hipparion
Qu’elle lèvera le bout de son nez
Et, accrochée à une plume,
S’envolera plus haut et plus loin qu’Icare,
L’homme-oiseau ou le dernier des amoureux.
En s’approchant du soleil,
Elle deviendra aussi transparente
Que la beauté qui coule dans ses veines.

Posté par caro_carito à 17:28 - - Commentaires [10] - Permalien [#]

Les fauves

Chapitre 1 : Jérèm

Chapitre 2 : courant de jusant, courant de flot

 Chapitre 3 : ils.

 

Le 4ème chapitre , corrigé par Klo. Le 5ème est déjà en route. J'espère vous le livrer avant la rentrée ! Comme d'hab, les chapitres précédent à gauche en haut sur le blog ou juste avant. Bonne lecture.

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Chapitre 4 : l’éléphant et le poisson rouge

« Ici c’est chez moi. » J’ai dû penser cette phrase tout haut car le regard de Victor se détourne un instant du rétroviseur pour m’observer. Derrière la vitre, les faubourgs de D. défilent : les bars du bord de mer posés au bord de la digue, phares de pacotille éteints qui clignoteront dans quelques heures. Spots, peaux huilées, décibels. Et là cette invisible frontière où le sable devient sale, épais, où les rafales de vent semblent plus malignes. Pas une trace de pas sur la plage. Seules des HLM aux façades vérolées, des squares secs, quelques baraquements et des groupes furtifs. Une frange inconnue et crainte de tous qui ceinture D., maladie urbaine commune qui marque les villes de ses stigmates et qui l’étouffe.

Je voudrais que cela soit chez moi et cet aveu me vide de toute énergie. Une faiblesse, cette impérieuse envie de retourner dans ce semblant d’asile que forment le quartier, le bord de mer à l’urbanisation édenté où je niche, la répétition des marées. Mon corps se raidit et je cherche un sommeil qui m’exilerait un temps de cette normalité en trompe-l’œil : un vrai chez moi, quel piège. Je ferme les yeux, il me faut dormir. Ou devrais-je dire sombrer.

Un cahot me secoue violemment. La route s’est rétrécie en une longue bande pierreuse. Victor détourne son attention des aspérités de la route et prononce deux mots voilés. « Ray Bradbury » Son profil se détache sur le ciel brûlant de midi. Victor est un homme étrange. Il semble surnager et prospérer dans ce vivier incertain et féroce qui broie la plupart d’entre nous. Il a une gentillesse abrupte qui inspire confiance. On lui connaît une vie de patron de bar qui tringle sans effort toutes les jolies brunes qui s’aventurent entre ses pognes, un homme qui sait se jouer parfois des lois et amadouer les autorités. On peut dans un premier temps se fier sa figure aquiline et négliger son corps tout entier formé de muscles d’airain. Victor demeure un mec mâtiné de la grâce d'une statue grecque et de la force d’un costaud des Batignolles.

Et maintenant pourquoi me parle-t-il de ce Ray. « Dans la bibliothèque tout à l’heure, tu as parlé des Chroniques martiennes, tu as mentionné que l’auteur était Asimov mais en fait c’est Bradbury. » Je regarde par la vitre. Bizarrement, nous longeons toujours le bord de mer, moi qui pensais, que nous irions droit vers les hauteurs et que nous grimperions vers Montauban. Ou plutôt Montauban-la-nouvelle. Je revois ce nom en gras accompagné d’une photographie dans un article que j’avais trouvé dans une des piles qui envahissaient l’appartement de Mathilde W. J’y avais découvert le projet RAZ, ses ses anciennes villes rasées et rebâties ailleurs, j’avais lu cette nouvelle donne qui bousculait l’histoire chevillée aux territoires de cette vieille France et qui avait déraciné les habitants aussi sûrement qu’un exil. Du passé, ici, il ne restait plus grand-chose, juste de quoi appâter les touristes qui ne fréquentaient que les grandes villes. Le littoral avait été rayé de la carte, à l’exception de quelques villégiatures chicissimes et de stations sinistres. Comme D. Le même sort avait scellé le destin des régions rurales et des zones de montagne reculées.

« Ma mémoire est une étrangère, elle est née peu avant que j’arrive chez Mathilde W., à N.. » J’hésite à continuer. De mon passé récent et du peu que je sais de moi, même Jérèm n’avait reçu plus d’une demi-douzaine de confidences. « Je comprends la signification de mots que je ne me rappelle pas avoir prononcés. Je ne suis sûre de pas grand-chose. C’est comme si j’étais née à 16 ans… Si j’ai bien 20 ans…  Ma mémoire est une absente qui me rend visite dans mes cauchemars. » Victor ouvre sa fenêtre et allume une clope. « Moi c’est le contraire, j’ai vécu tant d’existences que je ne peux plus me souvenir. Tout s’emmêle et s’agite dans ma tête. Mon passé est plus épais que ma bibliothèque.  Je ne suis pas certain de pouvoir ou même de vouloir y replonger » Je rirai presque de notre drôle duo, lui et sa mémoire d’éléphant, moi et ma mémoire de poisson rouge. Une belle ménagerie !

Nos sourires se croisent. Pour une fois, nos confidences nous ont rendu des visages qui nous correspondent. A mes côtés, un Victor plus jeune. En scrutant mon reflet dans le miroir du pare-soleil, j’ai la certitude que j’ai bien plus que vingt ans. Vingt-cinq, trente, plus ? Sans doute, notre franchise accidentelle a allégé la tension de nos visages et pour un instant leur a redonnées un semblant de beauté et d’apaisement. Je regarde ses yeux turquoise, aussi clairs que les miens sont sombres. Ses tempes blanchies semblent légères ; une ou deux rides de joies s’accrochent à mes paupières. Avons-nous été joyeux, amoureux d’un ou d’une…, de plusieurs autres que nous aurions oubliés ? Cette félicité, si elle a traversé nos jours, laisse entrevoir son empreinte fugace.

Et tout de suite ce malaise. Ai-je déjà croisé cet homme ou ai-je su un jour quelque chose sur lui. Quoiqu’il en soit, j’ai choisi de le suivre, et dans une certaine mesure, je lui ai accordé un peu de ma confiance. L’odeur du large envahit soudain l’habitacle « Je n’ai pas de souvenirs anciens mais mon corps se rappelle. Par exemple, le vent chargé d’embruns parcourant sur une plage vide. Oui, chacune de mes cellules se souvient mieux que moi du passé. L’odeur d’huile solaire par exemple, s’il s’y trouve un parfum de noix de coco. Où l’odeur de pollution de D. Le soir quand les orages approchent. Le goût d’un plat. Je n’en sais pas plus. » J’ajoute plus bas : « Parfois au matin j’ai l’impression que l’empreinte d’un corps d’homme ou la promesse d’un enfant ont pesé sur moi toute une nuit. »

Victor va parler quand il s’interrompt et lâche : « Les salauds ils nous suivent ! ». Je me retourne, tout au loin je vois surgir un point noir. La peur revient, tenace, et m’étouffe. Le 4x4 accélère progressivement. Je le vois quitter la route pour rejoindre un long espace de caillasses, de champs délaissés et d’arbres sales. « C’est ce qui reste de la route qui suivait l’autorail. Un vrai chantier à l'abandon ! Regarde il démarre là-bas » Je vois les larges piliers et un bout de route suspendue en l’air. Victor va de plus en plus vite, la voiture grimpe une petite colline semant pour un temps la berline qui cherche à nous rejoindre.

La voiture pile. « Descend. Ouvre la grille. Quand je serai passé tu la refermeras et tu me rejoindras vite fait. » Au moment où j'ouvre la portière, je l’entends me dire abruptement : « Magne-toi, sinon je ne pourrai rien pour nous. » Je fais aussi vite que je peux et je ressens dans mes bras et dans tous mes membres une habitude de l’urgence, plus ancienne que ma venue ici. Identique à celle que trahissaient les décisions et les ordres de Victor. Je ne sais pas où nous allons et sans doute lui non plus. Je suis certaine d’une chose, que nous fuyons ensemble ne tient pas du hasard.

 

Caro Mennesson Llerena – Les fauves 4 - Le Pain perdu 22 août 2018

Posté par caro_carito à 14:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Duo d'août

J'ai toujours eu un faible pour le plaisir passé jadis en compagnie des livres de Françoise Sagan

d'où le duo issu de la citation suivante. 

 

duo aout 18

Mon texte "Fin de partie" ici.

Celui de Gballand le 22/08/18 .

Posté par caro_carito à 16:40 - - Commentaires [2] - Permalien [#]