Les Heures de Coton

Pal 2014

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« Un moment si doux » de Raymond Depardon. Acheté lors de l’exposition du grand Palais, je m’étais laissée tenter par le catalogue, épais qui recensait une bonne part des clichés exposés. Et cela s’est révélé une lecture autre et intéressante. Le photographe explique le cheminement de ses choix artistiques, l'utilisation de la couleur, relate ses voyages de grand reporter. Les allusions à son enfance dans une ferme sont particulièrement intéressantes.

Les photos du Chili et d’Amérique latine m’ont particulièrement émue. Puisque tellement évidente qu’elles font partie du quotidien là-bas.

à laisser à portée de regard

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« En trente-trois morceaux et autres poèmes » de René Char – poésie/Gallimard

J’avoue, jamais sans un recueil de poèmes. Mes meilleurs matins se nourrissent de poésie et de ce temps particulier où les mots, leurs goûts, leurs jeux chatoyants prennent tous les espaces, physique ou temporel.

René Char, connu bien sûr, mieux connu même grâce à Sébi, véritable fan, http://www.labyrinthiques.fr/category/auteurs/char/ . J’ai donc opéré une razzia chez Gibert, un jour de vadrouille à Paris et ramené dans mes filets ce recueil d’œuvres éparses. J’ai été touchée par ce lien qui unissait le poète à la nature, sa langue précise, tenue serrée entre des mots si nets qu’il faut parfois en faire s’éterniser leur lecture.

Lire un poème de René Char au seuil d’une journée et j’ai eu l’impression d’ouvrir grand les yeux et l'esprit. Il entre donc très logiquement dans la catégorie :

Élément de bibliothèque indispensable

Pour qu’une forêt…

 

Pour qu'une forêt soit superbe

Il lui faut l'âge et l'infini.

Ne mourez pas trop vite, amis

Du casse-croûte sous la grêle.

Sapins qui couchez dans nos lits,

Éternisez nos pas sur l'herbe.

                                               Alsace, 1939

Posté par caro_carito à 09:13 - - Commentaires [11] - Permalien [#]


Duo de juillet

cigarette-fLe duo de juillet s'articulera autour de ce tableau de Henri Lebasque de 1921, propriété de la Piscine, le Musée d'Art et d'Industrie de Roubaix.

Gballand du blog presquevoix vous propose À toi juste après 

Vous trouverez mon texte Ici, Jicky.

 

À toi,

 

Je n’aimais ni ce chapeau, ni cette robe à rayures, ni la cigarette que tu fumais. À vrai dire j’aimais la simplicité, tout comme toi… avant. Mais on était après, et les après ont parfois un goût de cendre.

Cette après-midi-là, j’avais l’impression que tu me regardais avec l’air amusé de celle qui considère l’inexpérience avec dédain. J’avais 20 ans et j’étais ton amant ou plutôt, je l’avais été six mois durant, un amant tendre et maladroit à qui tu n’avais épargné ni ironie ni moqueries. Maintenant, j’étais devenu ce chat que l’on caresse machinalement par ces longues après-midi d’été où l’ennui traverse les persiennes restées closes à cause de la chaleur.

Ton nouvel amant s’appelait Marcello. Il était aussi  brun que j’étais blond. Je haïssais ses touffes de poils drus qui s’échappaient de sa chemise blanche ; sans doute parce que j’étais imberbe. Et que dire de sa pointe d’accent italien et de ses mots caressants qui s’insinuaient dans ses phrases les plus banales ?

Si ce jour-là tu n’avais eu ni ce chapeau, ni cette robe, ni cette cigarette,  peut-être ne serais-je pas passé à l’acte.

Juste avant de prendre le thé dans la véranda, j’ai saisi ton collier de perles blanches et j’ai serré ton adorable cou blanc, longtemps, si longtemps que ton visage a pris une teinte bleutée qui rappelait celle des chardons perdus dans les champs de blé.

Ensuite, je suis parti soulagé, à pied,  sans rencontrer quiconque. 

Gballand

Posté par caro_carito à 06:30 - Commentaires [6] - Permalien [#]

Du bout des doigts

Il m’a demandé de parler de l’été, moi qui me tais ici. Puisque le temps a depuis des semaines ce corps volatil dès que je crois l’approcher.

Parler de l’été alors que l’année me semble ravaudée, retaillée, immense toile bise qui s’effiloche de aprtout.

Les champs se sont tus, les colzas ont des allures de vieillards, têtes grises et chenues. Parfois un tracteur parcourt la route, une batteuse hésite et avance dans un champ. Rebrousse chemin. Pas un bleuet, pas un coquelicot, juste les hampes vernis et triomphants des maïs.

Les hirondelles volent bas et frissonnent. Les hérons se font téméraires. J’aperçois le busard Saint-Martin ici ou là-bas, près d’une ferme à ciel ouvert.

À croire qu’une fée est venue et a posé ses lèvres blanches sur le plateau et que celui-ci s’est assoupi. Même la ville au loin est sage. Si peu d’enfants aux doigts poisseux de glaces. Quelques touristes studieux examinent la cathédrale ou boivent un café crème à une des rares terrasses. Les concerts s’annulent les uns après les autres, les feux d’artifice aussi. Je rajuste mon foulard, le vent de printemps est un traître en été.

Il m’a demandé de parler de l’été, de ce ciel de plomb qui vous assomme, de ces après-midi à espérer que plus rien ne bougera si ce n’est les pages d’un livre, ce mot que l’on veut caser, après on les battra à plate couture. Pourtant, sur la nappe à carreaux rouges et blancs, on étale quand même les cartes et, que l’un ou l’autre gagne, les rires et les disputent fusent, nous agacent, nous amusent. Parce que c’est le temps des câlins et des anniversaires. Que le chat ne rentre plus que le soir très tard. Que même si le rosé n’a pas le même goût… La porte s’ouvrira quand même sur ceux qui poseront leurs bagages un jour, deux jours, une semaine. Ceux qui partiront avec nous. Il fera bon rire le soir, et se lever un peu plus tard. Il y aura dans l’air un refrain de vacances.

Il m’a demandé de parler de l’été et je lui murmurerai que j’ai vu une promesse de soleil dans le champ d’à côté… D’un champ de soleils. Qu’ici, au milieu de la campagne immobile, il faut apprendre, il faut savoir attendre.

Posté par caro_carito à 21:12 - - Commentaires [7] - Permalien [#]

Réaccord poétique

Van Dongen - La gitane (la curieuse)

"La poésie avance pieds nus, on ne l'entend pas, une phrase claque sur la page, on se retourne :elle vient d'entrer, la gitane. Elle fait de notre âme un panier d'osier. Elle nous parle des agencements secrets des fleurs et des étoiles. L'horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg, à côté, c'est un jouet d'enfant."

"La grande vie" Christian Bobin - éd Gallimard

 

 

 Van Dongen - La gitane (la curieuse)

 

Posté par caro_carito à 09:17 - - Commentaires [6] - Permalien [#]



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