Les Heures de Coton


En lecture

Adieux à mon appartement. Je ne possède rien d'autre que les livres dans ma chambre. Parmi eux, il y en a un millier que j'aime, un millier avec lesquels j'ai un lien personnel. Si ces livres disparaissent ... eh bien, cela n'entraînera sans doute rien d'essentiel pour moi.

Tout de même, c'est en eux que je puise des forces. Sans eux, je me sens particulièrement sourd. Cette pièce avec des livres, c'est ma patrie... Dans les bibliothèques étrangères, je ne retrouve pas ce qui me lie à l'esprit qui émane de ces livres-là, dans cet endroit-là, et qui s'adresse à moi. Si demain une bombe détruit cette pièce, je me retrouverai sans patrie. Il faut en être conscient. Mais sans se plaindre. La bombe est là, elle tournoie quelque part dans l'air au-dessus de nos têtes, elle peut tomber à tout moment. Vraiment, il faudrait un miracle pour qu'elle ne tombe pas. Et pourtant, il faut y croire, à ce miracle. Mais ne compter sur personne, ne rien espérer. Il faut se taire, travailler, autant que possible. Et, autant que possible, considérer avec un bonheur reconnaissant ces livres, mes derniers amis.

[...]

L'automne, cette merveille

Comme si Dieu ne prêtait aucune attention à ce que l'hoomme, ce parasite, fabrique sur la scène magnifique du monde.

extrait de Journal, tome 1 : Les années hongroises 1943-1948 - Sándor Márai

Posté par caro_carito à 12:20 - - Commentaires [10] - Permalien [#]

Juke-box année 1985

Au hasard d’un article, j’ai lu le nom d’Odessa et je me suis souvenu de cette chanson de Cabrel. J’étais une ado, c’était avant la chute du mur. Un monde dont mes fils n’ont entendu parler que dans les salles de classe ou lorsque nous avons visité le musée du Communisme à Prague. Je me suis souvenu que les paroles évoquaient une histoire d’amitié ou d’amour, le bloc soviétique et la dissidence. Une réalité que nous apercevions à peine même lors d’un voyage à Berlin Est, en Tchéquie ou ailleurs et qui nous étaient étrangère, opposée, effrayante. Nous étions géographiquement proches, mais tant de choses nous éloignaient.

Je ne pensais pas que ces fantômes réapparaitraient ou plutôt j’espérais qu’ils ne reviendraient pas. Quelles qu’elles soient, les ombres du passé ont la peau dure…

 

Posté par caro_carito à 13:25 - - Commentaires [9] - Permalien [#]

Revue de lecture : les caractères

J’avais aimé lire les caractères de la Bruyère, les voir dit m’avait enthousiasmée. Je crois aussi que les livres aussi ont leurs caractères, contrairement aux autres dits objets.

 Il m’a été offert il y a peu le dernier essai de Marion Muller-Colard, les grandissants. J’avais été très touchée par son Intranquillité, dont j’avais offert à chacun de mes fils un exemplaire. Les grandissants parle justement et avec justesse de notre relation avec nos enfants adolescents et explore la parabole du fils prodigue, récit qui m’a particulièrement hantée. L’attitude du père, le départ du fils, et surtout l’amertume de l’aîné resté à demeure. Comme l’Intranquillité, j’ai partagé certaines extraits avec mes fils. Il y cette part spirituelle dans les livres de Marion Muller-Colard et cette part presque organique, terriblement ancrée dans le réel. Et quoi de plus charnel que la relation à l’enfant pour une mère. Comme me confiait une libraire berruyère, on parle si peu de ce que devient la mère quand les enfants partent. A la veille du départ du plus jeune de mes enfants, je pressens le vide qu’il va laisser. Et ce n’est pas l’apanage des femmes, son père aussi devine et craint l'absence qui se profile.

 Après ce livre neuf, j’ai aussi réouvert Des poings chauffés à blanc de James Noël. En lisant dans la lettre hebdomadaire des Poètes en Berry, un article sur Louis-Philippe Dalembert, j’ai eu envie de retrouver d’autres voix francophones que celles du continent. J’ai cherché dans les rayons poésie de ma bibliothèque cet opus qui m’avait été offert. Et qui porte bien son nom car les poèmes de James Noël sont autant de coups de poings. Qui oserait dire ensuite que la poésie est mièvre ! Relire un livre et le trouver encore meilleur.

 Et pour finir, ce livre dévoré : Le premier homme de Camus, l’auteur qui ne m’a jamais déçue. Je l’ai découvert adolescente, emporté par Caligula, les Justes, Noces, La Peste, l’étranger, le mythe de Sisyphe… Comme pour tous les livres qui m’ont marquée, j’en relis ou je partage des extraits avec des proches, je les vois mis en scène et je retrouve la saveur du bonheur de lire. Cette lecture-là me ramène à un esprit de jeunesse que la vie et les ans ont effacé et que les premières pages ont aussitôt ravivé.

Trois livres, trois caractères, trois joies également intenses. Est-ce que je me lasserai un jour de lire, je ne crois pas.

Coups de cœur 💙

Les grandissants - Marion Muller-Colard, labor et fides Petite bibliothèque de Spiritualité

Des poings chauffés à blanc - James Noël, éditions Bruno Doucey

Le premier homme - Albert Camus, folio

 La poésie ma soucoupe volante - extrait du recueil de James Noël

 […] La terre, ça tourne mal. D'où l'urgence d'une poésie qui s'adresse aux frères humains, les appelant à être conscients et solidaires face au danger de mort, de faim et d'autres cancers programmés qui nous menacent. La poésie, non pas celle qui fait sourire en coin dans les salons, et bien sûr celle qui secoue, qui provoque des séismes chez l'être, cette poésie-là peut améliorer la vie.

Mes flashs poétiques, loin de toute hystérie, sont l'expression d'une crise de nerfs contrôlée. Exorcisme intime, façon Hugo d'appeler Léopoldine en table tourmente tournante. J'écris pour avoir de mes nouvelles, me convoquer en un tour de main. et aussi répondre à chaque fois, comme par erreur, aux chants de cygne de ma terre malade ! La poésie me permet de partir, partir sans me fuir.

Posté par caro_carito à 12:32 - - Commentaires [6] - Permalien [#]