Mercredi 16 mai
Journal
Je ne sais pas si je dors ou si mon esprit est en éveil quand la sonnerie me cueille. Au-dehors, une nuit noire, froide et
les paillettes de la ville. Pourtant c’est le printemps. Le café noir est presque trop fort, mais je sais que la fatigue va me coller aux basques. Le premier train du matin n’arrivera que dans quinze minutes.
Surprendre la ville avant le départ au travail. Silence, l’odeur de pain qui s’échappe, les rideaux métalliques encore clos, j’aperçois des tags qui ne vivent que la nuit. La gare résonne des pas des premiers voyageurs, verrières translucides, palace blanc crème, boutiques neuves encore endormies. Les silhouettes distribuant les journaux gratuits ne sont pas encore au rendez-vous. Les piles sont à peine fournies. Je descends et trouve une rame déserte. L’humidité me rappelle les jours de mars malgré un horizon dégagé.
Franchir le pont, ignorer un feu rouge, en compagnie d’autres piétons ; après tout, les quais sont encore vides. Gare d’Austerlitz les travaux ont repris, des hommes casqués parlementent, la foule se fait plus dense. Un peu de monnaie contre deux journaux, acheter un café dans un gobelet brûlant. S’installer où l’on veut, les banquettes sont vides. Quitter une ville sans se retourner. Imaginer un instant que l’on quitte une vie, une rue, un travail. Puis écrire.
Croquis de la Gare Saint Lazare, Claude Monet
RV du lundi
Mais ce matin… Lundi. Il paraît que c’est un jour noir. Il est vrai que… (Après la douceur lente d’un dimanche. Après le plaisir de laisser le matin filer entre les pages d’un livre. Avoir pris le temps d’écouter une émission de radio, de lire le journal du dimanche.) retrouver les heures minutées, calibrées qui orchestrent l’habitude.
Mais ce matin… malgré la grisaille qui colle et va coller aux jours, à la semaine, malgré cet octobre en mai, s’arrêter sur quelques instants de grâce. Organiser la semaine. Lire cette citation de Erri de Luca dans l’éphéméride posée sur mon bureau : « Si moi aussi je suis un autre, c’est parce que les livres, plus que les années et les voyages, changent les hommes. Après bien des pages, on finit par apprendre une variante, un geste différent que celui commis et cru inévitable. » Et découvrir ce morceau magnifique. Ah ! Délicat toucher du xylophoniste… Merci Dominique… La vidéo se trouve après le billet.
Mais ce matin… finir la rédaction du billet, le RV du lundi et vous glisser ces quelques phrases.
Éphéméride en date du 24 avril
« Il y a toujours dans un livre, même mauvais, une phrase qui bondit au visage du lecteur comme si elle n’attendait que lui. » C. Bobin
Elle fait partie des auteurs français actuels que j’apprécie. J’avais beaucoup entendu parler de ce roman, cet été-là. J’avais déjà apprécié Numéro 6. J’ai donc patiemment attendu la version poche.
J’ai lu la première page, un soir de semaine, de ceux où la fatigue vous saisit toujours trop tôt. Et la dernière phrase m’a laissée songeuse : « Il avait douze ans de moins qu’elle, 26 ans à peine, et portait en lui l’enthousiasme de ceux qui savent peu de choses. » J’ai pensé non pas à ma situation, hom a un et demi de moins que moi, non... J’ai repensé à cet étrange sentiment qui m’envahissait alors qu’une jeune femme me parlait. L’étrange sensation d’être plus âgée, plus paisible, autre. Je découvrais dans mon regard au monde, dans mes gestes, dans mes pensées, une patine tranquille, douce. Je m'étonnais tandis que les propos qui vibraient et fusaient face à moi me semblaient multicolores, virevoltants, presque épuisants de trop de vie. Ainsi, cette lecture se déroula sur le mode suivant : des petites phrases qui semblaient éclairer des instants de vie. J’ai donc attendu avant de démarrer la deuxième page ; rencontrer sa vie dans un livre peut vous secouer déraisonnablement si l’on n’y prend pas garde…
« Ce qu’elle aurait aimé, dans cette solitude qui en augurait une autre, c’est d’entendre la mer. Entendre la mer sans la voir et lui accorder le pouvoir de porter en elle le souffle de tous ceux qu’elle aimait sans le leur dire jamais. » Cet été-là, Véronique Olmi
Je crois aussi que j'ai d'autant plus apprécié ce roman que j’y ai senti la présence de la mer…
Carnet de voyage - Venise
L'eau, la terre, l'air se mêlent inextricablement. Je ne sais plus vraiment si je marche, si je vogue, courant après des ombres. Dédale des rues et des canaux. Ou peut-être, alors que je contemple les toits de la ville qui s'étalent tels une mer d'ocre et d'or, je pourrais me laisser enlever par le vent.
Est-ce vraiment une ville ou suis-je perdue dans un rêve...
L'Italie...
Je bâtis mon diaporama sur l'Italie. Je revis ces jours paisibles, je retrace le chemin entre tuiles oranges et façades que l'air de la lagune attaque. Prendre le temps de lire, le temps de l'art. Le temps d'écrire.
J'espère mettre en ligne ces quelques photos, ou ce soir, ou demain. J'aimerais vous emporter avec moi dans ce dédale. Aujourd'hui, je me rends compte peut-être plus que jamais à quel point le voyage a accompagné ma vie. L'importance de se confronter à l'ailleurs, l'envie de changer, la peur qui vous quitte de devenir autre mêlée au désir de l'inconnu. Peut-être était-ce plus facile pour moi dont la mère est originaire d'un pays lointain. En fait, de deux. parce que mon père a toujours aimé découvrir, même là, à portée de vie ordinaire, la chapelle du village voisin, le sentier, la forêt. Et bien plus loin, au delà des mers, lui qui avait grandi dans un village.
hier, je suis revenue et la douceur de l'Italie, le havre des musées et de l'art qui m'a toujours accueillie, depuis petite, m'ont manqué, ici, dans mon Pain Perdu. Douceur d'un tableau, délicatesse d'un bas-relief, s'attarder à une terrasse et regarder ces autres corps, le délicat tracé d'un nu. Alors pour mes amis qui ont su par leurs petits mots électroniques, par cette fidélité douce, par cette place jalousement offerte, me garder tout à côté, je donne cette citation de Carlos Fuentes, qui nous a quittés.
"Lo que no tenemos lo encontramos en un amigo. Creo en este obsequio y lo cultivo desde la infancia. No soy en ello diferente a la mayor parte de los seres humanos. Las amistades la gran liga inicial entre el hogar y el mundo. El hogar, feliz o infeliz, es el aula de nuestra sabiduría original pero la amistad es su prueba."
Ce que nous n'avons pas, nous le trouvons chez un ami. Je crois en ce cadeau et je le cultive depuis l'enfance. Je ne suis pas en cela différent de la plupart des êtres humains. Les amitiés, lien essentiel et premier entre le foyer et le monde. Le foyer, heureux ou malheureux, est l'amphithéâtre de notre sagesse originelle, mais l'amitié en est sa marque.*
Je suis ultrasensible. Pas un peu, ultra. Un échange peut me faire me réfugier dans un texte que je ne publierai pas forcément mais qui pansera mes plaies. Et l'amitié a la douceur d'un refuge pour moi. Je ne sais m'en passer.
Comme les livres. Je ne suis pas issue d'une famille aisée et lettrée, simplement d'un foyer de cette moyenne bourgeoisie méritocrate, aimante, vigilante, honnête, et aucunement d'une ville nantie. Mais la culture, l'art étaient considérés comme quelque chose de racé, d'exigeant et surtout d'accessible à tous...
Alors même si la politique me met sous tension, de par mon histoire familiale et géographique, parce que dans ma famille, je suis un peu seule contre tous, je ne peux m'en détourner. Et, dans les passations du jour, sans doute par ce que j'ai aimé le Frédéric Mitterrand écrivain (ministre nettement moins), parce que dans ma tête résonnent les noms de Malraux et Lang, que j'en apprécie plus l'un que l'autre, j'ai regardé avec émotion ce bref échange. Notamment les dernières minutes... On n'offre un livre avec une dédicace qu'à quelqu'un auquel on a pensé, quelqu'un que l'on apprécie... Quelqu'un que l'on respecte.
Passation de pouvoirs entre Mitterrand et... par BFMTV
Entre jeudi et dimanche
En aparté, sur le site de Lu si... une attente toute en mélodie et rythmes puisque vous trouverez au fil des semaines et jusqu'à la date d'édition du troisième numéro autour de la musique, le choix des illustrateurs, rédacteurs, correcteurs... http://www.nouvelles-courtes.com/
Traverser la Seine
En fait, il ne s’agit que de cela : traverser la Seine. Osciller entre une rive et l’autre. Heures brûlantes contre un lavis à l’encre de chine qui imprègne tout l’espace.
Côté pile. Les Tuileries. Celles où l’on rêverait à des enfants qui courent après un cerceau, des volants et des rubans, des garçonnets coiffés de chapeaux de paille. Aujourd'hui, le mercure s’envole et les chaises s’agglutinent autour du grand bassin octogonal. La traversée de la place est lente, freinée par une chaleur épaisse. L'Orangerie est vide de touristes. Le préposé au vestiaire s’adresse à moi en anglais, je jouerais presque le jeu, mais je suis déjà là-bas, m’invitant dans l’intimité de Debussy. Panneau de bois où deux carpes s’esquivent. Deviner les liens étroits entre musique et estampe, souligner des connivences entre poésie et dessin. Les visiteurs affluent. Je
ressortirai alors que l’air tourne à l’orage, hésitante car l'écho des jeux et des arabesques demeure.
Côté face. Orsay. Cette toile. Parmi tant d’autres. Malgré Paris qui s'offre au regard derrière les larges baies, derrière l'horloge. Le goût de la neige même au printemps. La peinture possède la grâce de toujours m'émerveiller.
Samedi soir
Je procastine... à fond...
tableau de Denis Frémond
Trait de caractère
Je suis distraite. il est vrai que cela ne saute pas aux yeux car je passe pour active, organisée... mais l'oubli, l'à- peu-près se logent insidieusement dans l'aspect bien structuré de mes journées.
Ce n'est pas arrivé tout de suite, l'âge disons, les enfants, aussi, et un côté moins strict ont eu raison de ma volonté de tout ranger, ordonner, contrôler (?). Cela m'a tour à tour inquiétée, déprimée, énervée et puis... je me suis rendue compte que mes proches ne m'en tenaient pas rigueur, que, qui sait, ils pouvaient eux-aussi oublier en toute impunité et se faire plus facilement pardonner.
Bref, hier, j'avais oublié qu'un couple d'amis venait chez moi avec leurs deux fillettes, couple d'amis que j'avais eu en ligne la semaine passée.videmment, ça a un peu compliqué le retour d'autant que j'avais aussi un peu laissé de côté que nous avions des repas et rencontres en famille programmés de vendredi à dimanche soir.
J'espère que vous ne me tiendrez pas rigueur pour certains de mon silence radio, que, pour l'instant, pour Lu si... je suis un peu aux fraises et que, évidemment, aller sur vos blogs relève de la gageure...
Je reviendrai avec un petit diaporama d'Italie. En attendant, je vous laisse en compagnie d'un acteur que j'aime beaucoup et peut-être dont le comportement a-t-il un peu déteint sur moi...



