Les Heures de Coton

A l'origine

A l'origine, il y a un océan et des ancêtres passés d'un bord à l'autre

3-marbre

Et puis un concours, une nouvelle, un prix, publié il y a quelques semaines sur l'ORDA, la revue "L'ordinaire des Amériques". Ce prix a bien sûr la saveur d'une reconnaissance, même discrète, mais  il souligne également le lien qui existe entre l'amérique latine, notamment les deux pays d'où viennent la moitié de mes aïeux, et qui je suis.

Vous pouvez donc télécharger l'indicible sur le lien suivant. J'en ferai prochainement un enregistrement audio. Le thème était simple, l'amérique latine.

http://orda.revues.org/2928

 

 

 

7-pirates

crédit photos : http://espritvagabond.blogspot.fr/ (un très beau blog)

 

Posté par caro_carito à 17:59 - Commentaires [8] - Permalien [#]


Pendant l'été

Pendant l'été, parfois, le temps s'étire et l'écriture se fait plus ample. Ici la version audio https://soundcloud.com/caro-mennesson-llerena/borges-a-la-plage

Borges à la plage

C’est le troisième été qu’elle vient ici, seule. Elle a décalé ses vacances pour être sûre de ne pas le croiser, lui et sa nouvelle vie, lui et leurs souvenirs, et les enfants peut-être.

Elle est arrivée vers 13 h, avec de quoi tenir là toute la journée : une serviette de plage, un sandwich jambon-beurre fait maison avec un peu de salade, une bouteille d’eau, deux livres, son portable et des écouteurs, de la crème solaire, de la menue monnaie pour une glace ou un café. Les clefs.

L’océan a des tons laiteux d’opaline et le vent badine, faisant naître et mourir un irrésistible moutonnement. Chloé reste immobile. La plage est bondée malgré la fin de la saison, elle entend les cris de ceux qui se baignent ou jouent au ballon sur le sable encore mouillé. Elle pourrait se laisser tromper et croire avoir vécu cette scène. Simplement le film aurait vieilli et serait devenu un peu floue ; on la devinerait plus jeune, les enfants seraient tous là, lui aussi. Mais il n’y a plus d’enfants, ni la grande maison que l’on loue chaque année. Ni les baguettes fraîches du matin et les huîtres que l’on mange en aspirant avec délicatesse le jus de la mer.

Cinq ans. Le temps passe. Trop vite. Cinq ans, mi-juillet, quinze jours de location. Se retrouver à errer dans les pièces abandonnées, alors que tous dévoraient une glace italienne ou les beignets de chez Hector gavés de Nutella. Deux semaines et accepter que c’est fini, ils ne passeraient plus d’été ensemble, en famille. Victoire l’aînée n’apparaissait que quelques jours. Leur dernier, Romain, avait eu son bac, mention très bien et plus ; il commencerait Sciences Po en septembre. Les jumeaux avaient 20 ans.

Par la suite, elle est revenue parfois, seule. Même si Arnaud et elle ne s’entendaient plus depuis longtemps, que la séparation était jouée d’avance, Chloé n’avait pas imaginé que la cassure serait aussi douloureuse, remplie de ces échardes que laissent les bois trop blancs quand ils cassent.

Il est 15 h 30. Chloé va nager. L’eau est fraîche, mais ici, on s’y habitue vite. Après tout, c’est la Bretagne. On se coule dans cette froideur de bord de mer, le granit et la côte découpée à la hache. On en arrive à ne plus désirer la chaleur, à fuir les invitations au sud d’une ligne invisible qui sépare la France d’est en ouest. Chloé dépasse une bouée. Il sera bientôt marée basse. Les îlots effacés par la marée affleurent et grandissent tandis qu’un bataillon d’enfants dessine des jeux étranges sur la plage. Elle sort de l’eau, s’étonne de la tiédeur inhabituelle et se dirige vers sa serviette. Elle l’aperçoit, il s’est installé un peu haut qu’elle, sur la gauche. Il lit Fictions de Borges en folio, il a posé sa serviette à deux mètres de la sienne, la bleue qu’on lui avait offerte pour ses dix ans de mariage. C’étaient Marie et Guillaume, si elle se souvient bien, pas le genre à offrir de l’inutile ! Coïncidence, cela fait bien cinq ans qu’elle n’a plus de nouvelles d’eux, ou peut-être l’écho de quelque chose, un déménagement peut-être.

Le vent a fraîchi. Elle replie sa serviette. Elle l’observe du coin de l’œil. Lui aussi l’a regardé, levant la tête, la fixant et puis reprenant sa lecture.

Borges à la plage. Ce serait un joli nom pour une histoire d’amour qui débute. Cela la changerait d’Arnaud et des hommes qui s’intéressent à elles depuis la séparation. Et même ceux qui rodaient autour avant. Il y a peut-être quelque chose de particulier qui se dégage des couples désunis, un souffle de solitude ou de tristesse, le parfum d’une fin.

Alors qu’elle se sèche méticuleusement, elle sent qu’il l’observe. Elle s’interrompt presque alors qu’elle essuie ses cuisses et ses chevilles, vaguement rougissante de se sentir mise à nu dans son bikini azuré. Un geste banal devenu sensuel, inconvenant devant le regard de l’autre. Elle voudrait disparaître de cette plage que la foule a désertée.

Il est presque 20 h. Il fait doux, encore. Elle jette un dernier coup d’œil. L’homme a fermé les yeux, comme s’il s’était soudain endormi. Elle décide de repartir par la plage, de marcher au bord du ressac. Au dernier instant, elle se retourne, Borges a disparu, il ne reste plus qu’un homme allongé. Chloé ressent alors une pointe de soulagement à laquelle se mêle un peu de regret. Dans quelques pas, elle sourira Borges à la plage, cela sonne vraiment comme une promesse, l’espoir d’un possible.

 

Saint Malo / Pain perdu – août - septembre 2016 

Posté par caro_carito à 10:24 - - Commentaires [8] - Permalien [#]

Pour lui...

Posté par caro_carito à 22:24 - Commentaires [6] - Permalien [#]

Pas si loin pour un 15 août

P8130262

Posté par caro_carito à 09:25 - Commentaires [4] - Permalien [#]