Les Heures de Coton

Il était un fleuve

Corinne Hoex

Un tout petit opus, dégusté au retour des vacances. Il vient de Sète. Une amie à qui j’avais conseillé de prendre le temps de regarder le stand des éditions Bruno Doucey m’a rapporté ce cadeau.

J’ai toujours aimé la poésie. Depuis petite, depuis l’école primaire en fait. Les années collège, lycée, l’âge adulte, rien ne m’a enlevé ce bonheur d’entendre et de lire ces mots qui résonnent si fort.

Les poèmes de Corinne Hoex se déclinent près d’un fleuve sans nom. Il naît au fil de la lecture, comme une ritournelle tranquille, comme un pays familier, comme une douleur. Je l’ai vu, j'ai vu ses hautes eaux intranquilles, ses soirs apaisés, hiver, été. La vie passe à ses côtés, s’emprisonnent dans son courant incessant, repart.

Je me suis tenue à hauteur de poète ; Corinne Hoex m’a prêté ses yeux, ses émotions, la douceur et la brûlure d’une langue qu’elle fait chanter haut et clair, des vers qui ne sont que murmures.

La poésie est souvent une lecture coup de cœur, même plus, un enchantement, sans doute parce que j’y puise une force autre que celle que m’apportent les autres livres. Rouge au bord du fleuve ne quittera pas ma table de chevet. Il sera de ces recueils de poème lus et relus, infiniment cornés, cochés, anotés, ceux qui étanchent une soif qui ne nous quitte jamais tout à fait.

Extraits - Rouge au bord du fleuve – Corinne Hoex – Editions Bruno Doucey

Une lecture coup de coeur partagé le 15/10/18 sur  https://leslecturesdantigone.wordpress.com/

 

1.

alors tu fermes les yeux

tu es dans l'île là-bas

quand le vent secoue les platanes

soulève le sable du sentier

 

et tu portes du rouge

un foulard ou un châle

pour la lumière qui fuit

et qu'il faut retenir

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6.

le vent est sur le fleuve

luisant comme une glace

le fleuve d’acier bleui

 

le vent froid sur le fleuve

acéré

sans refuge

l’horizon

pour seul obstacle

-

coup de coeur

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petit poème remanié

En faisant les fonds de fichier, j'ai trouvé et retravaillé ce poème.

 

Sur la grève, soir

 

Sur l’échiquier arasé par le vent du soir

P8280543-pola01

De fragiles silhouettes avancent.

Les pas mouillés des enfants effacent

Le murmure des lames enfin apaisées.

Leurs doigts gelés ramassent méticuleusement

Les perles de nacre d’une sirène oubliée.

Ils bâtissent des tours et des labyrinthes précaires.

Les mères érigent pour eux des châteaux de sable

Que l’écume des jours finira par balayer.

La houle tout à l’heure rugissante se tait,

Observant les promeneurs familiers

Que la nuit froide éparpillera sans bruit

Derrière les volets clos de leur nuit.

 

 

Posté par caro_carito à 18:03 - - Commentaires [7] - Permalien [#]

La liste de vos envies

ou de mes ou de ses envies. En tout cas, cette liste-là, celle des pires choses qui peuvent arriver, est le point de d'inspiration du duo de septembre entre presquevoix - le blog de Gballand - et les Heures de coton.

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Mon texte : Le pire du pire du pire du pire, est-ce le pire ?, RV pris pour le 27 septembre.

Pour celui de Gballand, ce sera pour le 29...

Posté par caro_carito à 22:40 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

Petit exercice d'écriture

Rue d'Aboukir

La pluie se mit à tomber. Une pluie fine, glacée, qui rappelait l’hiver. John releva le col de son imper, ajusta son chapeau. Une goutte têtue se perdit contre la peau de son cou ; il frissonna. Une soudaine odeur de terre mouillée venant des jardins envahit la rue d’Aboukir. La terre était si sèche ; il ne pleuvait pas depuis des semaines. John tendit l’oreille. Le silence avait disparu, remplacé par le son des gouttes qui tapaient sur le toit en zinc. La mission s’annonçait plus compliquée qu’il ne l’avait prévu. Est-ce que la pluie, et l’orage qui grondait au loin, allaient modifier les plans de la petite bande. Jean imaginait sans peine le petit groupe réfugié dans l’arrière-salle de ce magasin de matériel électrique désaffecté. Déguisement et armes à porté de mains.

Oui la nuit allait être longue. Une veillée sombre où il lui allait être difficile d’apercevoir l’ombre d’un chat. A l'abri sous l’appentis où il avait démarré sa planque, John alluma une cigarette. La douceur amère du tabac se mêla au whisky qu’il avait avalé avant de partir.

Il jeta un coup d’œil à sa montre. Un éclair déchira la nuit ; l’orage n’allait pas tarder à être là. « Encore une heure et je me barre. » grogna-t-il. Les lampadaires s’éteignirent. Il écrasa son mégot quand soudain une lumière s’alluma dans le garage.

Posté par caro_carito à 22:39 - - Commentaires [6] - Permalien [#]