Les Heures de Coton

Strada il Caravaggio - 2 & 3

"Lorsque j’ai pris cette photographie, j’en ai pris plein d’autres. Nous allions nous installer là et je n’avais aucune idée de comment j’allais pouvoir meubler cette maison. S’installer dans toutes ces pièces, construire quelque chose à partir de cet espace dépouillé de tout… cela me semblait impossible. Alors j’ai pris des photos, je les ai fait développer et je les ai couvertes de dessins, une table, un bureau, une gravure accrochée au mur. J’ai mis des casseroles fumantes sur la gazinière, j’ai ajouté des couleurs…

D’ailleurs, une maison nue c’est un paradoxe, ce vide et ce silence et, en fait, tout semble bruisser des existences de ceux qui étaient là avant, les autres qui n’ont fait que passer entre ces murs. Des poussières d’âme qui flottent et se posent un peu partout.

Quelqu’un murmure une question.

Lorsque je regarde cette photographie ? Je ne me souviens pas pourquoi je n’ai rien peint dessus, pas même une porte ou un plancher. Il me semblait avoir habillé toutes les pièces. Mais pas celle-là. J’ai visité d’autres appartements, d’autres villas, pris des photos. C’était l’été, je dessinais sur le port. Les gens s’arrêtaient. Ça leur a plu alors ils me les ont achetées. Les touristes les envoyaient comme des cartes postales pittoresques d’une artiste locale. J’ai fait une expo. On a fini par s’installer ici. Je ne l’aimais pas plus qu’une autre cette maison mais strada Caravaggio, ça me plaisait.

Après j’ai continué à photographier et remplir des maisons vides, j’ai fait des expos et puis un jour je suis passée à la sculpture sur terre, et puis sur pierre. J’ai même fondu à un moment. Mais quand même ça m’intrigue cette photo que j’ai laissée comme ça.

Le vieil homme assis à sa droite intervient.

Voilà piccola Beatrice, suis-je bête. C’est le bureau du nono ; je n’allais pas dessiner son bureau !

Elle ajoute comme pour elle-même, sans que Beatrice ou Luigi ne disent rien.

C’est fou ça, j’avais oublié."

enfilade

Posté par caro_carito à 21:07 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Strada il Caravaggio - 1

Depuis un an, nous animons, un ami-poète-compositeur et moi, un atelier d'écriture. Cette année, le projet s'échafaude autour de photos et de textes brefs pour la confection d'un livre qui sera disponible en été. Photos et micronouvelles... 

Il s'agit de la première partie d'un des exercices proposés.

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enfilade

Lorsque j’ai trouvé ce lieu ?

Ben rien. Je me souviens, j’étais avec Luigi. Mariés depuis deux étés. Il voulait une maison. Je ne voulais rien. J’avais toujours pensé ma vie comme si j’étais nomade.

(Elle rit doucement)

Cela fait quarante-cinq ans - soit trois enfants, six petits-enfants, trois chiens, quatre chats, deux canaris et cinq perruches… et un hamster pendant deux semaines - que nous vivons dans cette maison, Luigi et moi. Strada il Caravaggio. Et pourtant…

(Elle se tourne vers son interlocuteur ou son interlocutrice)

Oui pourtant, je crois toujours que la vie ne se vit vraiment qu’avec une âme de nomade.

 

Audio mais je doute un peu niveau volume sonore..., dans ce cas-là une seconde prise... https://soundcloud.com/caro-mennesson-llerena/strada-il-caravaggio-1

 

Les photographies font partie de ce blog Skavuisa.

Posté par caro_carito à 23:18 - - Commentaires [8] - Permalien [#]

Hit estival versus Hit éternel

Un chanteur le déclinait sur des accords de guitare et une voix éraillée cet été. La version Carver me plaît beaucoup plus, en sirotant un café le matin ou plus tard, dans la nuit, en hiver...

 

Le bonheur

 

Si tôt que dehors il fait presque encore noir.

Je suis près de la fenêtre avec mon café,

et le truc habituel du petit matin

qui passe pour de la pensée.

Quand je vois le gamin et son copain

qui arrivent à pied

pour livrer le journal.

Ils portent une casquette et un pull,

et l'un des deux a un sac sur l'épaule.

Ils sont si heureux

qu'ils ne disent rien du tout, ces gamins.

Je crois que s'ils pouvaient, ils prendraient

le bras l'un de l'autre.

C'est le petit matin,

et ils font ce truc ensemble.

Ils approchent, lentement.

Le ciel s'éclaire peu à peu,

pourtant la lune est encore là, pâle au-dessus de l'eau.

Une telle beauté que l'espace d'une minute

la mort et l'ambition, et même l'amour,

en sont exclus.

Le bonheur. Il vient

à l'improviste. Et va bien au-delà, en réalité,

de tout ce qu'on peut raconter sur lui le matin.

 

Poésie. œuvres complètes 9 - Raymond Carver – Editions de l’Olivier

Posté par caro_carito à 22:06 - - Commentaires [13] - Permalien [#]

Lectures...

Trêve du dimanche. Vous pouvez lire le dernier duo de Gballand et de moi-même, inspiré par une vidéo dansante.

Il suffit de cliquer sur les liens suivants :

- Le rêve de Gballand

- Elisabeth de Caro_carito

 

Posté par caro_carito à 17:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]