Les Heures de Coton

Jaune

Et le jour qui se lève                   

Me rappelle me rappelle               

Chaque instant oublié,                 

Que si la vie est terrible               

Les journées peuvent être si belles

                            Le carnaval — Da Silva

Elle a laissé les clefs sur le contact. La musique s’efface à mesure qu’elle s’éloigne. Elle glisse les prospectus dans la boîte aux lettres. Le paquet a baissé de deux tiers ; elle calcule le temps qui reste, les maisons éloignées les unes des autres dans cette campagne qu’elle trouve trop vaste. Elle, elle demeure une fille des villes.

Le soleil est haut ; une douceur de vivre s’amorce malgré le vent du Nord. Il est 14 h ; en rentrant, elle se branchera sur le web et espérera que la liaison fonctionnera, qu’elle pourra saisir les dossiers que lui aura envoyés l’opérateur de saisie. Qu’elle grappillera un peu d’argent.

Ne reste plus que le hameau qui se tait derrière le virage et un prospectus. Arrivée là, elle aura calculé qu’elle a gagné l’argent du loyer, de quoi manger ; peut-être un vêtement ou deux. Peut-être plus. Un seul hameau et il faudra rentrer. Ensuite viendront les lignes de saisie engrangées à la chaîne, éteindre l’écran, repasser le linge qui patiente, et peut-être regarder un film. À 17 h, marcher jusqu’aux Pervenches et attendre le bus. Sourire à l’enfant qui en descend, réviser les devoirs avec lui et laisser une caresse sur les cheveux sombres bien tressés, préparer un repas, rire, lire une histoire et laisser la veilleuse. Ensuite.

Il ne reste que le hameau tapi derrière le virage. Elle défait le papier de son sandwich à l’entrée du chemin de terre, celui qui fend les champs jaunes avant le panneau rouge triangulaire. Elle fait quelques pas sur le sol sec et surprend un hangar chargé de ballots de paille, un champ de colza, le souffle du vent. Impavides.

Que si la vie est terrible               

Les journées peuvent être si belles

                            Le carnaval — Da Silva

 

 


Da Silva "Le Carnaval" par totoutard

Posté par caro_carito à 15:34 - - Commentaires [15] - Permalien [#]


Le très réel et véridique changement d'heure

Le temps s’apaise enfin. La vie redevient calme. Vivre ici et retrouver le souffle paisible de la maison.

Je voudrais pouvoir tracer demain sur un bout de ciel       

J'ai écrit

Posté par caro_carito à 22:14 - - Commentaires [10] - Permalien [#]

Duo d'avril

Un duo funambule pour ce mois d'avril,  et un jeu sur Anachronique, ou Anna Kronik ou... et croisons nos blogs.

Gballand du blog Presquevoix vous parlera d'un ange juste après tandis que j'écrirai autour de "Jours de pluie acide et après" sur le blog Presquevoix .

crazy tuesday inkulte fred lambert sylvie roux

 Publié sur Inkulte une photographie de Fred Lambert et Sylvie Roux


 

L’ange - Gballand

Elle s’appelait Anna Chronique et elle était funambule ;  une façon de compenser les déséquilibres de sa vie. Funambule de jour et même de nuit, car la lumière artificielle adoucissait les contours du monde.

Lors de sa dernière promenade au-dessus de Blue Street, elle avait croisé un ange qui époussetait les nuages. Elle l’avait interpellé familièrement.

-          Eh, vous !

-          Moi ?

-          Oui, vous qui voyez tout, vous pourriez m’expliquer pourquoi je ne peux pas vivre en bas ?

L’ange s’installa à califourchon sur son nuage.

-          Dites-moi tout.

Elle parla si longtemps que la nuit abordait déjà les rivages laiteux du jour. Quand elle s’interrompit, l’ange conclut.

-          Qu’attendez-vous de moi ?

-          Un conseil.

-          Je ne donne jamais de conseil, trop dangereux.

Elle lui jeta un regard si triste qu’il se laissa fléchir.

-          Bon, je vais voir ce qu’un vieil ange comme moi peut faire pour vous.

Après un rapide aller-retour au plus profond de son cœur, il constata.

-          Eh bien ma petite Anna, que d’émotions paradoxales dans ce cœur blessé. Je me suis permis de l’envelopper de fleurs d’oranger afin qu’il retrouve la paix.

-          Merci.

-          Revenons à ce garçon dont vous me parliez tout à l’heure : croyez-vous qu’un homme incapable de prendre de la hauteur puisse vous convenir ? D’autant plus que vous êtes funambule ?

-          Et si vous rentriez dans son cœur pour le faire changer ?

-          Ce que vous me demandez est impossible, la charte de bonne conduite des anges me l’interdit !

De désespoir elle en perdit l’équilibre, mais l’ange la rattrapa du bout de son aile duveteuse.

-          Ah non, petite demoiselle, il ne s’agit pas de passer de l’autre côté !

-          Mais que faire alors ?

-          Pourquoi ne pas chercher un funambule à votre goût. J’en connais plus d’un qui serait ravi de vous rencontrer.

Les yeux clos, Anna ne semblait pas l’entendre.

-          Si jamais ma proposition vous tente, reprit-il, envoyez-moi un message.

-          Un message ? Mais où ?

-          Ange 007, Blue Street, ça suffira.

Et l’ange se remit à épousseter les nuages car il craignait de se voir reprocher son retard. Quant à Anna, elle reprit son chemin. Les fleurs d’oranger diffusaient déjà leur douceur bienfaisante et elle avançait sereine, sur le fil de la vie…

Posté par caro_carito à 06:30 - - Commentaires [10] - Permalien [#]

Pal 2014 - Avril 2

poemes 90

90 poèmes classiques et contemporains – Magnard –Lycée

Sa petite taille m’avait séduite. Heureusement. J’ai ainsi découvert ou dépoussiéré des noms oubliés. Appris quelques anecdotes, notamment sur Aloysius Bertrand. Retrouvé de vieux amis. Un seul bémol à ce recueil doté d’un choix intelligent et sensible. Pourquoi pas Prévert ? Andrée Chédid ? Je ne leur en veux pas trop, ils finissent sur Jaccottet.

Un classique, évidemment.

une-photo-de-grand-mère

 

Une photo de grand-mère de Esther Hautzig. Maximax de l’école des loisirs

J’ai repris peu des lectures jeunesse. Ce livre trouvé d’occasion m’a attiré, graphisme de la couverture et le titre sans doute. J’avoue avoir aimé rencontrer Sara, découvrir l’époque des expositions universelles et découvrir Vilna, l’actuelle Vilnius, .

Bonne pioche

 

 

24000

Vingt-quatre mille baisers – Françoise de Luca – Éditions Marchands de Feuilles.

Une lecture magnifique, de celles qui vous bouleversent. Un livre que j’aurai aimé sans fin. Une langue poétique et musicale, des nouvelles d’une grande profondeur. J’ai eu l’impression de plonger à chaque page dans un univers bruissant de mots, de sensations, de couleurs, de toucher. Tant de passages à retenir, de textes, Prague, Indian Song, Jours comptés. Tant de finesse. Oui c’est cela, tant de finesse dans ce petit livre.

Coup de cœur 

Posté par caro_carito à 18:39 - - Commentaires [4] - Permalien [#]



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