Les Heures de Coton

Un autre dimanche

Depuis septembre, la brume s’incruste sur le pain perdu. Une percale blanche, épaisse que rien ne semble repousser. Parfois, le ciel nous oublie et la ferme se recroqueville sur ses habitants. La maisonnée se fait île. Oublier un instant que le monde existe. Demeurer attentive aux musiques que distille un dimanche. Aux verres de vin qui marqueront le début du repas. Je lirai avec paresse et bonheur un livre que la fatigue des soirs de semaine me dérobe.

Aujourd’hui, le soleil a enfin percé l’édredon humide. J’irai dehors, préparer les rosiers pour l’hiver, planter les pivoines rouges et blanches, séparer les fleurs des champs des hellébores et des corbeilles d’argent dans les parterres. Je poserai sur le terreau que j’aurais aéré la promesse d’un autre printemps.

Je penserai à mon père dont les cendres ne sont pas loin et à mon amie qui repose de l’autre côté de cet océan qu’elle aimait passionnément. J’aurai l’impression que leurs ombres sont à mes côtés. Je saurai ainsi que le brouillard et les dernières pluies auront déposé avec miséricorde un peu de peine sur mon cœur.

 

Au milieu de l’hiver

Une lumière blême

jaillit de mes habits.

Solstice d'hiver.

Des tambourins de glace cliquetante.

Je ferme les yeux.

Il y a un monde muet

il y a une fissure

où les morts passent la frontière

en cachette.

 

Baltiques : Œuvres complètes 1954-2004 de Tomas Tranströmer – Funeste gondole - 1996

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Un dimanche...

Parce que je voudrais écouter cette émission, parce que, non, la vie quotidienne frappe à la porte et s'invite comme chaque jour, l'envahissante. Que je désespère d'une solitude enfin trouvée, même quelques heures. Voler le temps en savourant ces deux phrases de Tomas Tranströmer extraites de Baltiques - funeste gondole 1996

"Ai rêvé que je dessinais les touches d’un piano sur la table de la cuisine. Sur lesquelles je jouais, en silence
Les voisins entraient pour m’écouter."

https://www.youtube.com/watch?v=vucQNzyxwX0

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Un matin, un poème

Une image, en toi, un lieu
cherche appui.

Tu plonges la main au fond de l'encrier.
Comme les galets le long de ta vie
quelques phrases immobiles
retiennent le filet du temps.

Tu vas, sans lieu
sans appui

Hélène Dorion, chapitre Sans personne extrait de "Sans bord, sans bout du monde" - éditions la Différence

Posté par caro_carito à 12:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

Mercredi 9 novembre 2016

"Me suis réveillé ce matin
Avec un besoin terrible de passer la journée au plumard
à lire. Y ai résisté une minute.

Puis j'ai regardé par la fenêtre la pluie.
Et abandonné. Me suis entièrement
confié à la garde de ce matin pluvieux."

Poésie oeuvres complètes - Raymond Carver - éditions de l'Olivier

 

Posté par caro_carito à 11:45 - - Commentaires [6] - Permalien [#]